Rencontre Fortuite

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Elle ne pouvait pas faire ça. C'était … inhumain. Le jeune homme se leva difficilement, prenant appuie sur une poubelle quand un bras vint l'aider.

- Tu n'as rien ? s'enquit une voix féminine.

Logan regarda fixement la jeune femme puis se recula un peu, cherchant à analyser les informations qu'il venait d'enregistrer dans son cerveau. Max avait mis ses agresseurs à terre sans pratiquement lever le petit doigt si ce n'est qu'elle avait fait des acrobaties dignes de Spiderman. Comment ? C'était la question qu'il se répétait des millions de fois, cherchant en vain une réponse.

- Tu … comment as-tu fait ça ? demanda-t-il ahuri.

Max baissa les yeux puis son regard revint sur Logan.

- J'ai été entraînée quand j'étais jeune.

- Entraînée ? Tu veux dire, comme à l'armée ?

- On peut appeler ça comme ça.

- Un soldat ne peut pas sauter à plus de deux mètres et mettre trois gars baraqués sans le moindre effort, répondit-il froidement.

- J'aurais voulu te le dire dans d'autres circonstances, déclara-t-elle en se passant une main sur le visage.

- Me dire quoi ?

- Et bien … commença Max avant de prendre sa respiration. J'ai … été conçue dans un laboratoire et entraînée à tuer pendant neuf ans. Une machine à tuer en quelque sorte.

Le jeune homme fixa la transgénique, incapable de la croire. Elle ne serait pas humaine et serait fabriquée dans un laboratoire ? Elle se moquait de lui ou alors il était en train de rêver.

- Tu ne dis rien ?

- Que veux-tu que je te réponde ?

- Je n'en sais rien, quelque chose au moins.

- Et tu comptais me le dire quand ? s'enquit Logan, hors de lui. C'est incroyable que je ne tourne pas les talons.

- Et bien vas-y ! cria soudainement Max.

Les deux jeunes gens se défièrent du regard pendant un bon moment, mais voyant qu'ils étaient aussi têtus l'un que l'autre, baissèrent les yeux vers le sol avant que l'un deux ne prenne la parole.

- Les gens ont peur de ce qui est différent.

- Je n'ai pas peur de toi, répondit Logan, la regardant fixement.

- Tu aurais du voir le regard de Cindy quand je lui en ai parlé … elle devait croire que je m'étais droguée pour déblatérer de telles invraisemblances. Exactement ta réaction, le recul, le rejet, le dégoût, finit-elle alors que des larmes perlaient au coin de ses yeux, ce dont s'aperçut le jeune homme.

- Tu ne me dégoûtes pas Max, au contraire. Je suis amoureux de toi et rien de m'enlèvera ce sentiment, même si tu viens d'une éprouvette, répondit-il en la prenant dans ses bras alors que 11.20 s'affichait sur sa montre.


Route 90, en direction de Seattle
13.52 PM


L'homme regarda le panneau à sa droite indiquant qu'il n'était plus qu'à quelques kilomètres de sa destination : Seattle. Grâce à plusieurs longues et fastidieuses recherche – Dieu sait qu'il détestait la bureaucratie – il avait découvert que Cale séjournait à Seattle, dans le secteur neuf. Cale avait apparemment décidé de s'installer là-bas vu qu'il avait acheté un appartement, ce qui lui était complètement absurde : pourquoi irait-il vivre dans cette ville alors que le siège de la UNISYSTA CORPORATION se trouvait Richland ? Peut-être pour justement ne pas être harcelé par les médias et vivre discrètement … Sûrement. Mais ce n'était pas le moment de s'interroger là-dessus. Le haut du Space Needle pointait son nez vers les nuages, se voyant à des kilomètres au loin.

Quelques minutes plus tard, il découvrit l'atmosphère chaotique de la ville : les rues étaient délabrées, les déchets des habitants jonchaient le sol, mais pourtant ça n'avait pas l'air d'affecter ces derniers, ils menaient leur petite vie comme si de rien n'était. Hedg fit rouler sa voiture jusqu'au secteur neuf et entrevit l'immensité du quartier des tours. Il chercha celle où logeait Logan, s'arrêta puis ouvrit le coffre pour en ressortir une valise qu'il déposa à terre et souleva le fond de l'arrière de l'automobile. Il s'était douté que de nombreux barrages avaient été mis en place, il avait donc soigneusement caché le matériel dont il avait besoin : un ensemble d'outil de crochetage, une cagoule, des gants et un silencieux, lequel il espérait n'utiliser que pour intimider Cale. Son plan était simple : Logan Cale, tant désespéré par la mort de son collègue, se suiciderait de la terrasse de son appartement, emportant avec lui le seul espoir de contrer les objectifs de ses supérieurs.


Parc du secteur quatre – Seattle
14.04 PM


- Ils n'ont jamais réussi à te retrouver ?

- Si, quelques fois, mais un X5 trouve toujours le moyen de semer son adversaire. Les élèves dépassant le maître … quelle sinistre ironie, répondit Max.

- Comment Original Cindy a-t-elle découvert que tu n'étais pas une fille normale ?

- Et bien … elle avait failli se faire écraser par une voiture dont le conducteur n'avait plus le contrôle. C'était un peu après qu'on se soit connues.


--- FLASH-BACK ---

Max et Cindy pédalent en direction du secteur trois lorsque la transgénique s'arrête près d'une cabine de téléphone.

- Faut que je passe un coup de fil, on peut s'arrêter deux minutes ?

- Pas de problèmes, mon chou.

Max fouille dans ses poches, en ressort une pièce qu'elle insère dans la machine tandis que son amie enfile des écouteurs reliés à un vieux baladeur des années 2004.

- C'est quoi cette antiquité ? s'enquit Max avec un sourire.

- L'être immonde qui vit au-dessus de mon appartement a organisé un débarras et j'ai trouvé ce truc qui pourrait me tenir compagnie lors de mes courses solitaires.

Max repose son attention à l'interlocuteur qui décroche lorsqu'elle entend des cris venant de sa droite. Des coups de klaxon se font entendre. Elle augmente sa vision et aperçoit une voiture folle venant dans leur direction. Son regard se pose sur la jeune noire, plongée dans sa musique, et analyse la situation en un dixième de seconde. Si elle ne se bouge pas plus vite que ça, Cindy écoutera la dernière musique de sa vie.

- Cindy ! crie-t-elle en courant le plus vite possible pour pousser son amie quatre mètres plus loin, tant elle a pris de la vitesse, ce qu'un homme normal – encore moins une femme – n'aurait pas pu faire.

--- FIN DU FLASH-BACK ---


- Elle n'a rien eu ? s'enquit le jeune homme.

- Quelques bleus et une grosse peur. Au début, elle ne s'est pas rendu compte de la distance qu'on avait parcouru puis le lendemain, en y repensant, elle m'a regardé dans les yeux et m'a demandé comment j'avais pu l'entraîner aussi loin. Je ne pouvait pas mentir. Donc je lui ai tout raconté : notre enfance à Manticore, notre évasion, mes difficultés et mon arrivée à Seattle.

- Tu as retrouver tes frères et sœurs ?

- Non, pendant dix ans, j'ai essayé, cherchant n'importe où, n'importe quel événement anormal, mais en vain … on nous as tellement bien appris à se fondre dans la masse qu'on ne peut plus se retrouver les uns les autres.

Un enfant passa devant eux, jouant avec une balle qui atterrit aux pieds de Logan. Ce dernier l'attrapa et le renvoya à l'enfant avec un sourire puis se rassit aux côtés de Max, sur des nombreux bancs du parc. Il prit la main droite de la transgénique, l'étudia quelques instants puis la caressa doucement avant de prendre la parole.

- Max, dans quelques jours, je vais devoir rencontrer une nouvelle fois Mr Poutine, le Président de la Russie concernant leur aide.

- Tu vas devoir repartir, c'est ça ? demanda-t-elle alors qu'une ombre passait sur son visage.

- Oui et je ne vais pas rester que deux ou trois semaines. Je ne sais pas encore précisément, mais entre un mois ou deux. Je dois être à l'aéroport demain, murmura-t-il.

- Demain ? Tu pars demain ? répéta-t-elle avec tristesse. Alors que tu viens d'arriver ?

- Je suis désolé. Je suis tout aussi frustré et triste que toi …

- J'ai l'air frustrée ? s'enquit-elle, essayant de sourire.

- Et c'est pour ça que je veux que tu viennes avec moi, finit-il en la regardant.

- Tu plaisantes ?

- Pas du tout. Je veux que tu viennes avec moi en Russie, nous serions ensembles et puis, je te préfère à des armoires à glace qui me collent comme de la glue, répondit Logan en lui souriant.

- Normal va me tuer … déjà que j'ai loupé des jours de boulot parce que j'étais en chaleur … cette fois, il va avoir une crise cardiaque.

- Ne t'en fais pas, je m'occupe de ça. C'est d'accord alors ?

- Quelle question, bien sûr que je suis d'accord ! s'écria-t-elle en l'embrassant joyeusement.


Appartement de Logan – Seattle
14.26 PM


L'homme marcha silencieusement, écoutant le moindre bruit suspect, contourna la vitre en plexiglas et découvrit la pièce dans laquelle il se trouvait. Les meubles étaient assez luxueux sans faire trop riche non plus, une gigantesque fenêtre laissait la lumière du jour pénétrer dans l'appartement, une table au bois magnifique entourée de quelques chaises se casait dans un coin, un ordinateur surplombait un bureau. Hedg marcha jusqu'à celui-ci et entreprit de fouiller les tiroirs, à la recherche d'informations qui lui seraient utiles pour une petite prime. Peine perdue. Ils étaient tous fermés à double tour.

Brusquement, des voix se firent entendre : une voix féminine qu'il ne connaissait pas et la voix de sa future victime. Il chercha du regard un endroit pour se cacher, décida de se réfugier dans la salle de bain, en attendant que la femme parte.

- Si tu as soif, j'ai peut-être une bouteille de Bourgogne dans le frigo.

- Datant d'avant l'Impulsion ?

- Comme toujours, tu me connais. Je vais me changer, les gars de ce matin ne m'ont sûrement pas raté.

Logan traversa la pièce, disparut dans sa chambre tandis que Max ouvrait le frigidaire. Elle sortit la bouteille, attrapa deux verres et posa le tout sur la table.

- Non, ils ne m'ont pas raté ! cria le jeune homme de sa chambre. J'ai des bleus énormes sur les côtes, c'est magnifique.

- C'est si horrible que ça ?

- Regarde, répondit-il en ré-apparaissant dans le salon, torse-nu, portant sa chemise à la main.

La transgénique fut ravie du spectacle qui s'offrait à elle ce qui la poussa à sourire, mais qui fut vite évanoui à la vue des hématomes et de quelques petites blessures.

- Je suis désolée, je suis arrivée trop tard.

- Tu n'es pas médium Max, tu ne pouvais pas savoir. Je vais aller nettoyer ça et j'arrive, finit-il en se dirigeant vers la salle de bain.

Il tourna la poignée de la porte, se dirigea vers la boite à pharmacie d'où il ressortit tout un arsenal pour se soigner puis se trouva nez à nez avec un silencieux.

- Ne lâchez surtout pas ce que vous avez dans les mains. Posez-les doucement.

Logan fit ce que Hedg lui ordonna, ne voulant pas tout de suite alerter Max.

- Dites à votre amie de partir.

- Mais elle … commença-t-il.

- Dites-lui, répéta Hedg en braquant son arme.

- Max ! Je vais préparer mon sac pour partir, tu devrais rentrer chez toi. Je t'appellerai dans l'avion ou à l'aéroport, cria-t-il, espérant qu'elle ait compris.

Hedg entendit la réponse de la transgénique et le bruit d'une porte qui claque. Il attendit une ou deux minutes puis n'entendant plus rien, ordonna à Logan de sortir.

- Mettez une chemise.

- Quoi ? Une chemise ?

- Tout à fait.

Le blond s'exécuta, se demandant pourquoi il devait s'habiller puis Thomas l'emmena vers la terrasse.

- Montez sur le rebord.

- Vous voulez que je saute, c'est ça ?

- Quel jeune homme très perspicace ! Une belle fin vous ne croyez pas ?

- Ayez au moins le courage d'enlever votre cagoule.

- Vous me connaissez déjà, Mr Cale.

Logan écarquilla les yeux, cherchant désespérément de qui cela pouvait être, puis le timbre de la voix de son agresseur retendit dans sa tête.

- Je peux vous aider ?

- Non, merci. Je pense que je vais me débrouiller.

- Que faites-vous ici ? C'est une zone bouclée par la police.

- Je cherchait un certain Carmer.

- Vous êtes journaliste ?

- Et bien … oui, c'est ça.

- Je peux voir votre badge ?

C'était l'homme qui avait tenté de le tuer à Richland. Ainsi, c'était lui l'auteur de tous ces meurtres …

- J'aurais du vous tuer lorsque j'en avais la possibilité, mais ces foutus flics m'en ont empêché.

- Quel dommage.

- J'attends cet instant depuis un long moment. Après vous, il n'y a plus personne. Je pourrais enfin payer mes dettes à ce débile et me refaire une vie en Europe.

- Parce que vous croyez qu'après que je sois mort vous allez pouvoir vivre tranquillement ? s'enquit Logan, tentant de gagner du temps.

- Bien sûr ! Mes supérieurs vont maquiller tout ceci en accidents tragiques et aucuns soupçons ne pèseront sur moi.

- Le Président de la UNISYSTA se faire tirer dessus, mon associé meurt dans un accident de voiture alors qu'il ne conduit très lentement et je me suicide deux ou trois jours après … quelles nombreuses coïncidences dites-moi, ironisa-t-il. La police vous retrouvera coûte que coûte.

Hedg fusilla Logan du regard. Il allait s'en sortir. Jedberkof avait promis, le fait de tuer Cale lui rendrait sa « liberté ».

- Dites au revoir à vos proches Mr Cale, c'est fini, ricana Hedg en le poussant légèrement avec son silencieux vers le rebord.

- Je crois que c'est vous qui devriez nous dire adieu, lança une voix derrière lui.

Le meurtrier se retourna pour se prendre un magistral crochet dans la mâchoire qui le fit reculer dangereusement vers le vide. Il battit des bras, cherchant un point d'appuie invisible et le trouva. Il agrippa le tissu et bascula, emportant avec lui le jeune blond. Un « non » se fit entendre, sortant de la bouche de la transgénique, voyant que Logan tombait. Elle se précipita vers le bord et attrapa au dernier moment le bout de la manche du jeune homme qui se déchira malheureusement sous l'effet du poids des deux hommes ; en effet, Hedg s'était accroché à Logan lors de sa chute.

- Logan !! cria-t-elle en voyant la scène.

Hedg s'écrasa mollement sur le sol, tel un pantin désarticulé alors que Logan se retenait in extremis au rebord d'un balcon trois étages plus bas. Le jeune homme pensa qu'un ange gardien devait veiller sur lui tant il avait de la chance d'avoir pu se rattraper à ce balcon au lieu de finir comme Hedg. Mais ses forces commençaient à l'abandonner, il essaya malgré sa souffrance de se hisser, mais en vain. C'était fichu. Il regarda sous lui pour apercevoir le sol, il devait rester deux étages, soit entre quatre et six mètres. Il aurait tant voulu finir sa vie normalement, peut-être avec Max. Mais non, le destin en avait décidé autrement. Il embrassa mentalement la transgénique et attendit que quelqu'un vienne le sortir de là ou bien que le néant s'empare de lui lorsqu'il aurait touché le sol. La seconde option se produisit. Il sentit qu'il tombait, à bout de force, puis le noir total l'enveloppa.


Hôpital d'Harbor Light – Seattle

Quelques heures plus tard


- Sa chute à provoqué une lésion au niveau de sa moelle épinière. La partie supérieure n'a subit pratiquement aucuns dommages, mais la partie inférieure, au niveau des jambes, est complètement « hors d'usage », si je peux m'exprimer ainsi, déclara le médecin à l'attention de Max.

Cette dernière s'assit lourdement sur une chaise, encaissant durement la nouvelle.

- Pour être franc, Mr Cale est paraplégique. Je suis sincèrement désolé Mademoiselle.

Le médecin s'avança vers elle, lui posa la main sur l'épaule tandis que Max regardait droit devant elle, fixant un point invisible.

Logan était paraplégique, il allait finir sa vie dans un fauteuil roulant. Pourquoi n'avait-elle pu pas empêcher cela ? Pourquoi ? C'était sa faute, elle était arrivée trop tard. Quelle stupide idée d'avoir balancé un coup de poing à ce type. Elle avait cru qu'elle pouvait sauver n'importe qui, n'importe où. Foutaises.

- Je peux le voir ?

- Il dort pour le moment, mais vous pouvez rester avec lui quelques minutes.

Max se leva lentement, marcha jusqu'à la porte et la poussa, disparaissant du couloir blanc d'où s'émanaient des cris de douleur, de désespoir.

 

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