Rencontre Fortuite

Chapitres : 1 2 3 6

Jam Pony - Seattle
13.13 AM



La transgénique déboula dans l'entrée sur son vélo, freina devant le comptoir de son patron et lui tendit la fiche de signature.

- Il n'y a pas de signature pour le 58, Dexter Avenue.

- J'ai sonné plusieurs fois, mais personne ne m'a répondu, répondit-elle en lui donnant un petit paquet.

- Vous auriez du insister.

- Je n'allais pas non plus passer ma matinée devant la porte ! Il est 13.00 et tout être humain doit aller se restaurer.

- Parce que vous croyez que vous faites partie des êtres humains ?

Le visage de Max pâlit brusquement, paniquant intérieurement. Comment pouvait-il savoir ? Elle se prépara à répondre lorsqu'il continua sa pensée :

- Aucun être humain ne peut rester des heures assis dans un fauteuil à regarder des débilités à la télévision au lieu de travailler, comme tout bon citoyen qui se respecte.

Elle poussa un soulagement, ce qui étonna Normal puisqu'il venait de critiquer leur attitude de tous les jours, puis descendit de son vélo, le posa contre le mur et partit s'asseoir avec ses amis. Elle y trouva Cindy et Herbal tandis que Sketchy restait introuvable, sûrement en train de se chercher des ennuis comme à son habitude.

- C'est dingue ce qu'il peut y avoir de contrôles routiers. Je me suis fait arrêter au moins cinq fois en une demie-heure.

- Mon petit chou, tu n'es pas toute seule. Ils ont contrôlé mes papiers toute la journée, à croire qu'ils sont en manque, commenta son amie.

Le bruit du poste de télévision devint plus fort, quelqu'un ayant monté le son. Ils tournèrent tous la tête en direction d'une journaliste du Canal 7 qui se trouvait devant un grand bâtiment dont les portes étaient fermées par des bandes jaunes.

- … devant le lieu où s'est déroulé le drame de ce matin, à Richland. Un homme du nom de Patrick Sednil est mort au environ de 11.30, il était le contact américain du président Mr Poutine. Alors qu'il se réunissait avec ses conseillers et des représentants d'autres nations, il fut touché mortellement par un tireur, caché dans l'immeuble opposé selon les autorités …

- Ce sont les risques de la célébrité, commenta la transgénique. Je me demande comment on peut vivre de cette manière, dans la peur de se faire tuer dans un attentat ou autre.

- C'est peut-être la raison de tous ces contrôles de police.

- Sûrement, Richland n'est pas si loin de Seattle.

La journaliste se déplaça, allant à la rencontre d'un grand homme, d'une trentaine d'année.

- Mr Carmer, comment justifiez-vous cet attentat qui a coûté la vie à Mr Sednil ? s'enquit-elle en lui collant son micro sous le nez.

- Nous ne savons pas encore les motivations du tueur.

- N'est ce pas vous qui allez prendre la place de Mr Sednil, en tant que contact américain avec Mr Poutine ?

- C'est exact. Je le remplacerai au moins jusqu'à la fin des négociations avec la Russie.

- Mais n'avez-vous pas peur pour votre vie ?

- La police fera son nécessaire pour garantir à ma sécurité jusqu'à ce que l'affaire soit résolue.

- Max, dit soudainement Cindy. Celui qui discute avec le policier, ça ne serait pas ton copain ?

L'interpellée revint vers son amie, étant partie vers son casier pour déposer ses affaires et découvrit en effet Logan, avec la même allure que dans ses souvenirs.

- Ce n'est pas mon copain, répondit-elle en la fusillant du regard.

La caméra délaissa John Carmer pour se précipiter vers Logan, comme si elle voulait remporter le prix du plus grand nombre d'interview en un temps record.

- Mr Cale, que pensez-vous de ce malheureux attentat ?

- Mon associé, Mr Carmer, a déjà répondu à vos questions. Je n'ai rien à ajouter , rétorqua-t-il en la dépassant tandis qu'elle le poursuivait, micro à la main, mais fut arrêtée par une armoire à glace en costard cravate.

Max fixa la télévision, observant l'attitude du blond. Il paraissait énervé, mais en même temps triste et choqué, ce qui le rendait encore plus séduisant. Elle repartie vers son casier, l'ouvrit, fouilla dans son sac à dos et en ressortit un bout de papier blanc, puis attrapa le combiné du téléphone, glissant une pièce dans la fente. Elle fit une succession de numéro et attendit que quelqu'un réponde. Le répondeur se mit en marche, la voix de Logan résonnant dans le combiné :

- Vous êtes bien chez Logan Cale, je ne suis pas pour l'instant. Si votre appel était urgent, laissez-moi un message.

- Bonjour, c'est Max Guevara, la fille qui s'est prise pour un oiseau pendant quelques secondes au-dessus de votre voiture … je … j'ai appris pour votre supérieur, je suis vraiment désolée. On pourrait peut-être …

- Allô ?

La jeune femme sursauta, c'était une voix féminine qui l'avait interrompu.

- Euh, oui, bonjour.

- Qui êtes-vous ?

- Max Guevara, Logan m'a renversé hier après-midi.

- Comment avez-vous eu ce numéro ?

- Et bien, il l'a donné à mon amie pour que je le rappelle.

Max entendit un soupir de soulagement de la part son interlocutrice, ce qui la vexa légèrement. Pour qui l'avait-elle prise ? Une tueuse assoiffée de sang ? Une psychopathe ? Elle allait lui raccrocher au nez lorsque Kimberley continua la conversation.

- Pardonnez-moi, j'ai du vous paraître brusque, mais je suis sur mes gardes, je m'inquiète pour lui. Je n'ai pas pu le voir. Il doit sûrement arriver d'ici une heure, une heure et demie.

- Vous lui direz dans ce cas que j'ai appelé.

La transgénique lui dicta son numéro de biper et raccrocha presque violemment, sans trop savoir pourquoi si ce n'est qu'elle devinait. Un sentiment ridicule l'avait envahie alors qu'elle ne le connaissait même pas, ce qui l'exaspéra encore plus. Cette femme lui avait gâché sa fin de journée, elle en était sûre. Elle repartit vers ses amis et s'assit lourdement, contraire à son habitude.




Appartement de Logan - Seattle
15.00 PM



Le jeune homme se dirigea son canapé alors que son amie venait à sa rencontre pour lui tenir compagnie. Il ne voulait pas vraiment qu'elle soit là, il ressentait le besoin d'être seul pendant un moment, le temps de digérer ce qui s'était passé, mais ne la repoussa pas pour autant.

- Comment vas-tu ? s'enquit-elle gentiment.

- Comment serais-tu si tu avais assisté à la mort de ton patron ? Hein ? Franchement, dis-le moi.

- Je veux juste t'aider Logan.

- Je sais, pardonne-moi. Je voudrais juste être seul, c'est tout.

- Si tu y tiens, répondit-elle en se levant.

Elle s'arrêta comme si elle voulait lui annoncer quelque chose, repartie faire quelques mètres puis s'arrêta de nouveau, ce qui intrigua Logan et se retourna vers lui.

- La jeune femme que tu as renversée hier a appelé.

Un sourire se dessina sur le lèvres du jeune homme, content qu'elle ait reçu son numéro, mais devant la façon dont le regardait de son amie, il reprit son air mélancolique.

- Et qu'est-ce qu'elle a dit ? s'enquit-il en essayant de cacher sa joie.

- Elle voulait te présenter ses condoléances pour la mort de Mr Sednil.

- Il faut que je la remercie, elle ne t'a pas donné un quelconque numéro ?

- Non, aucun, mentit-elle en se retournant.

Logan se renfrogna encore plus, déçu qu'elle ne lui ai pas donné un moyen de la joindre. Il mourrait d'envie de lui parler, de la revoir, de connaître tout de sa vie. C'était stupide de vouloir autant de choses alors qu'ils ne s'étaient regardé qu'une ou deux secondes, des secondes qui allaient changé certains aspects de sa vie, il en était sûr, mais s'en moquait éperdument. Il n'avait jamais cru au coup de foudre, il avait toujours prétendu qu'on ne pouvait pas tomber amoureux de quelqu'un que par un simple regard, mais par le temps. Il connaissait Kimberley depuis des années : ils avaient été ensembles à la fac puis s'étaient trouvé des points communs, étaient partis d'une relation amicale qui s'était transformée en relation intime et vivaient ensemble depuis un an. Jamais il n'aurait imaginé qu'une autre femme puisse venir bouleverser sa vie de couple, jamais.

- … demain soir ?

- Pardon ? demanda-t-il, sortant brusquement de ses pensées.

- Je te demandais si tu voulais aller quelque part demain soir. C'est mon jour de congé et je crois que tu devrais te changer les idées après ce qui s'est passé ce matin.

- Je préfèrerais plutôt rester ici. Je n'ai pas vraiment envie de sortir, répondit-il en se levant pour s'engouffrer dans la salle de bain, se sentant horriblement sale depuis le meurtre de son patron tandis qu'elle sortait de l'appartement, prétextant le besoin de prendre l'air.



Spokane - État de Washington
16.23 PM



L'homme regarda à travers les vitres de la fenêtre, guettant le moindre bruit qui puisse l'avertir d'un danger. Des silhouettes allaient et venaient, certaines cherchait leur chemin, d'autres faisait le même parcours depuis des lustres, connaissant les moindres recoins de la ville. Il se recula, s'assit contre le mur et posa son menton sur ses genoux, attendant la venue de son supérieur. Après avoir éliminer sa cible et avant même que la police commence à mettre en place des barrages, il avait parcouru des kilomètres pour se réfugier à Spokane, la ville la plus éloignée de Seattle dans une petit maison, jadis ayant appartenu à sa mère . Un bruit de frein de voiture le fit bondir mais ce n'était qu'une vieille dame qui allait faire ses courses dans la supermarché d'à côté. Il se remit en position fœtale lorsqu'une voix passa à travers la porte.

- Jedberkof.

Il se leva, ouvrit délicatement la porte et fit entrer l'homme à l'accent russe qui le toisa avec dédain.

- Voici cinq mille dollars, comme convenu, déclara-t-il en lui tendant une enveloppe. Cependant le Conseil souhaite que vous restiez à leur disposition.

- Pourquoi ? J'ai rempli mon contrat, non ?

- Il se peut que cette affaire ne soit pas finie.

- Vous vous rendez compte que j'ai abandonné ma famille, mes amis pour cet atroce boulot ?

- Il vous reste encore de nombreuses dettes envers nous Mr Hedg. Vous n'entendrez plus parler du Conseil lorsqu'elles seront effacées, rétorqua-t-il froidement.

Thomas Hedg regarda l'homme qui se tenait devant lui. On l'avait présenté sous le nom de Jedberkof, peut-être était-ce le sien, peut-être pas, il n'en savait strictement rien. Mais il n'aimait pas du tout son allure, son attitude, ses regards froids et supérieurs. Il détestait cet homme qui ne portait que des vêtements noirs, signe de deuil ou de tristesse ou tout simplement de mort. La mort. Il l'avait côtoyé lors de sa jeunesse, lors de l'Impulsion, quand les habitants de son village étaient devenus fous et violents, tuant n'importe qui pour n'importe quoi, du moment qu'ils survivaient.

- Très bien. Je vais rester ici pour le moment. Vous savez comment me contacter, finit-il en soutenant du mieux qu'il peut le regard transperçant de Jedberkof qui partit sans un mot.

Hedg observa la pièce. Les meubles étaient couverts de poussière, laissé à l'abandon depuis le départ vers le ciel de Mme Hedg, et le moisi sentant à vingt kilomètres, détruisant le papier peint, jauni par le temps, ainsi que la moquette dont la couleur originale ne se voyait plus. Il prit son visage entre ses mains, marmonnant des propos que lui seul comprenait et ressortit de la maison, étouffant dans cette atmosphère.



Appartement de Max et de Cindy - Seattle
17.42 PM



Max fixa le combiné de téléphone, se tortillant légèrement sur sa chaise, puis repassa à sa lecture, tournant nerveusement les pages, manquant de les déchirer à chaque mouvement.

- Il ne t'a rien fait ce journal.

- Quoi ?

- Tu es à la limite d'arracher les pages une par une, déclara sa meilleure amie.

- Et alors ? Ce journal est pourri de toute façon.

- Pourquoi tu ne l'appelles pas ?

- Qui ça ? demanda-t-elle, feignant de ne pas comprendre.

- Écoute, mon choux, dit Cindy en se rapprochant d'elle. Depuis qu'on est rentrée, tu n'arrêtes pas de surveiller sans cesse le téléphone.

- Hein ? Pas du tout. Je suis en train de lire, tu te fais des idées.

- Ah ouais ? s'enquit Cindy, la fixant d'un air bizarre.

- Bon d'accord, c'est vrai, répondit Max en levant les mains. Je ne sais même pas de quoi parle ce journal. Mais pas question de le rappeler.

- Pourquoi ?

- Je suis tombée sur sa petite amie la dernière fois.

Cindy se mit soudainement à rire, ce qui mit la transgénique très mal à l'aise.

- Cindy, s'il te plaît. Et puis d'ailleurs, qu'est ce qui te dit qu'il va appeler ? Il ne se souvient sûrement plus de moi.

- C'est sûr oui, vu la façon dont il m'a parlé de toi. Je te rappelle qu'il est venu exprès à Jam Pony pour te rendre ta casquette et qu'il a inscrit sur le bout de papier qui se trouve à côté du téléphone son numéro personnel. Il aurait très bien pu inscrire son numéro professionnel.

- Mais ça fait plus une heure que j'attends devant ce foutu téléphone ! s'écria-t-elle en se levant. Je vais faire un tour dehors. À plus tard.

Elle prit son blouson et claqua la porte derrière elle, frustrée par l'absence du coup de téléphone et par son énervement ridicule.



Appartement de Logan - Seattle
19.02 PM


Logan tapa une succession de touches sur son combiné et attendit. Une voix masculine se fit entendre au bout du fil.

- Matt Sung.

- Salut Matt, c'est Logan. Tu as du nouveau pour moi ?

- Salut. Je crois bien que oui. Un de mes contacts m'a apprit qu'un gérant d'un hôtel avait aperçu des échanges douteux avec un étranger à l'accent de l'Est et un employé de ton entreprise qui y séjournaient tous les deux.

- Un accent de l'Est ?

- Accent norvégien ou soviétique.

- Et comme par hasard, nous faisons des négociations avec la Russie. Mais pourquoi est-ce que je ne suis pas simplement un petit fonctionnaire ?

- Il ne fait qu'à t'en prendre à toi-même Logan. Je lui ai proposé qu'on se voit pour discuter et a accepté. Tu pourrais y aller à ma place, je pourrais m'occuper d'une autre affaire.

Le blond regarda sa montre, louchant dessus, car il faisait sombre dans la pièce et l'approcha de son visage.

- Et à quel endroit ?

- Dans un bar, au centre de la ville, le Crash vers 19.30.

- Génial et moi qui voulait rester chez moi, c'est raté. Je te rappelle demain.

Logan reposa le combiné, chercha son manteau du regard, le trouva et ferma la porte derrière lui, ne sachant pas s'il devait la fermer à clefs ou non.



Bar du Crash - Seattle
19.20



La transgénique prit un siège devant le comptoir et demanda une bière, voulant laisser ses soucis de côté. Une silhouette vint se placer derrière et elle sentit un souffle chaud près de son oreille.

- Salut beauté.

Max soupira en reconnaissant cette voix masculine et se retourna.

- Adam, pas maintenant.

- Ce n'est jamais le moment avec toi.

- Va-t-en, dit-elle en guise de réponse en se retournant.

- Ah non, y'a pas de ça avec moi. Tu vas tout de suite me dire ce que j'ai fais pour que du jour au lendemain tu me plaques, sans raison apparente.

- Je n'ai rien à dire.

- C'est à cause de ma recherche ?

- Tu n'aurais jamais dû faire ça. J'avais confiance en toi. Chercher comme ça dans ma vie privée.

- Et moi je voulais juste savoir ta date d'anniversaire, rétorqua-t-il sur le même ton.

- Et si je n'avais pas envie de fêter mon anniversaire ? lui demanda-t-elle froidement.

- Tu te moques de moi, là. Personne de normal ne peut pas avoir envie de fêter un moment pareil.

- Mais je n'ai rien de normal, voulu-t-elle répondre. Adam, je voudrais passer une soirée tranquille. Et seule, finit-elle en portant son verre à ses lèvres.

- Je vois que tu ne me pardonneras pas. Tout le monde peut faire des erreurs, non ?

Le jeune homme ne reçut aucune réponse, ce qui le fit s'éloigner de la transgénique qui reposa lourdement son verre, se maudissant d'avoir engagé une relation avec ce gars qu'elle aimait, mais d'une autre manière qu'au départ de leur histoire, un amour plus fraternel que sentimental. Il s'étaient rencontrés alors qu'elle ne savait pas vraiment où elle en était, voyageant de ville en ville dans l'espoir de trouver un boulot convenable, dans un cabinet de médecin dans lequel il travaillait comme assistant. Elle avait trouvé en lui le frère qu'elle n'avait pas eu mais s'en était rendu compte que bien plus tard, lorsqu'il sortaient ensembles depuis quelques semaines. Elle aurait voulu rompre d'une façon moins directe, sauf qu'elle n'en avait trouvé aucune.

Elle paya son verre, se leva de son siège, regarda dans la salle pour voir si elle connaissait quelqu'un qui puisse lui remonter le moral et buta dans une autre personne qui perdit les clefs qu'elle avait dans les mains.

- Je suis vraiment désolé(e), dirent-ils au même moment avant de relever brusquement la tête, reconnaissant chacun la voix de l'autre.



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