Rencontre Fortuite
Chapitres : 1 2 3 4 5 6
White Salmon - État de Washington
19.35 PM
L'homme en noir appuya sur une touche de son clavier, faisant apparaître sur l'écran une fenêtre dans laquelle se dessinait le visage d'un vieil homme et s'assit plus confortablement sur sa chaise, croisant les doigts.
- Mr Batkel, déclara l'inconnu.
- Général Kurtkov.
- Comment se déroule l'opération ?
- À merveille. J'ai eu l'accord entier du Conseil et cet Américain ne fait plus partie de ce monde.
- J'ai cru entendre que quelqu'un d'autre allait le remplacer. Vous savez ce que vous avez à faire.
- Bien entendu. Ce sera fait le plus tôt possible, rétorqua Hans Batkel alias « Jedberkof ».
- J'espère bien. Les gens commencent à se poser des questions ici, ils ne seront pas dupes bien longtemps. Faites croire à un accident, ce sera beaucoup mieux pour nous et pour vous.
Batkel salua le général et appuya sur une touche différente de la précédente, faisant ainsi disparaître la fenêtre. Il fixa quelques minutes devant lui, réfléchissant à la démarche qu'il allait entreprendre et convoqua son adjoint.
- Appelez-moi Hedg, je veux le voir, lui dit-il en quittant son bureau.
Bar du Crash - Seattle
19.23 PM
Max fixa l'homme qui lui faisait face, ne sachant pas quoi dire, tant elle était surprise de le voir tandis que Logan triturait nerveusement ses clefs qu'il avait ramassé quelques secondes plus tôt. Un silence pensant régna pendant deux ou trois secondes puis fut briser par le jeune homme.
- Je suis très heureux de vous revoir Max, dit-il simplement.
- Je suis désolée pour votre supérieur, répondit-elle avant de s'injurier pour n'avoir rien trouver de mieux à dire.
- Oh vous savez, nous n'étions pas vraiment très proches, mais sa mort va faire beaucoup de bruit.
- Et tout ceci ne vous fait pas peur ?
- Si bien sûr, mais c'est moi qui l'ai choisi.
- Pourquoi ? s'enquit-elle alors qu'ils avançaient vers un coin de la salle, obstruant le passage.
- J'avais envie de voir le monde, répondit-il en faisant la moue. Un rêve d'enfant… Mais sûrement pas d'assister à de fastidieuse réunions et de ne voyager que deux ou trois fois par an pour rester enfermé dans un bureau.
- Vous auriez pu choisir autre chose, non ?
- C'est vrai, mais quand je suis rentré là-bas, c'était pour suivre mon ami d'enfance, John Carmer. J'étais un idiot parfait, déclara-t-il en souriant, ce qui fit aussi sourire la transgénique. J'ai appris que vous aviez appelé chez moi, mais je n'ai reçu aucun moyen de vous joindre.
- Pourtant j'ai donné mon numéro de biper à votre amie.
- Vraiment ? s'enquit-il, mal à l'aise de parler de Kimberley dans un moment pareil. De toute façon, ça n'a plus d'importance vu que je vous ai rencontré …
Un nouveau silence s'installa, Max regardant sur son côté droit comme si le tableau accroché au mur avait développé un intérêt soudain chez elle pour la peinture et Logan triturant de nouveau ses clefs.
- Vous venez souvent ici ? demanda-t-elle.
- Pas vraiment non. Je n'ai pas assez de temps, je présume que c'est le cas pour vous.
- Je viens de temps en temps avec quelques amis. Mais je préfère rester chez moi tranquillement plongée dans un bain chaud, répondit-elle avant de se mordre la lèvre inférieure, regrettant ses dernières paroles.
À sa plus grande surprise, Logan ne paraissait nullement gêné et lui souriait.
- Je connais ça. Un fauteuil confortable et un verre de vin sont mes deux principaux pêchés … Le silence de temps en temps peut faire un bien fou.
- C'est très relaxant, tous les ennuis de la Terre disparaissent en un clin d'œil, lui dit-elle en souriant à son tour, heureuse d'être tombée sur lui par hasard.
Mais son sourire s'effaça lorsqu'elle aperçut le silhouette d'un home qu'elle voulait le plus loin possible.
- Alors Max, tu ne nous présentes pas ? demanda Adam, d'un air totalement innocent. Adam Vaster, l'ami de Max, se présenta-t-il en tendant sa main à Logan alors que des envies meurtrières prirent soudainement la transgénique.
- Logan Cale, répondit celui-ci en le détaillant discrètement des pieds à la tête.
- Adam, je peux te parler deux minutes ? s'enquit Max en l'empoignant violemment par le bras, l'emmenant sur le côté tandis que Logan essayait tant bien que mal à ne pas laisser paraître la jalousie qui le prenait.
- Je croyais que tu devait être seule.
- J'ai rencontré ce type lorsque j'aillais sortir. Et tu n'as pas à te mêler de ma vie privée de cette façon.
- Sauf que j'en faisait partie il y a quelques semaines.
- Adam, comment te le dire ? soupira-t-elle.
- Me dire quoi ?
- Sortir ensemble a été une erreur, je t'aime beaucoup, mais plutôt comme un frère.
- Alors pourquoi tu m'as allumé ? s'écria-t-il, blessé par ce qu'elle venait de lui avouer.
- Je ne t'ai jamais allumé, répondit-elle froidement.
- Ta mémoire te joue des tours, tu étais à la limite de me sauter dessus !
- Oh mon Dieu, murmura-t-elle, maudissant Manticore et cet ADN de félin qui lui pourrissait la vie deux à trois fois par an.
Leur « relation » avait commencé lorsqu'elle avait eu besoin d'évacuer un trop plein d'énergie, lors de sa période de chaleur. Elle tourna la tête vers Logan qui discutait avec un autre homme et sentit qu'il allait s'éloigner d'elle.
- C'est fini entre nous Adam, met-toi bien ça dans la tête, lança-elle le plus froidement possible qu'elle pouvait, à contre cœur, car elle tenait à lui, mais voulait finir au plus vite cette conversation. Et puis comme dit le proverbe « Une de perdu, dix de retrouver » pensa-t-elle.
Max vit défilé toutes sortes de sentiments, tristesse, colère, déception et le vit s'éloigner puis sortir du bar sans un seul mot. Elle regratta ses paroles, ayant vu le mal qu'elle lui avait fait puis l'homme qu'elle avait précédemment rencontré lui revint. Logan se tenait toujours avec l'inconnu. Elle s'approcha de lui et attendit qu'ils finissent pour prendre la parole.
- Je suis désolée pour Adam. Il n'est plus mon ami.
- Max… voici l'homme avec qui j'avais rendez-vous. Je vais devoir vous laisser.
- Je comprend, répondit-elle en se forçant à sourire, ce qui ressembla plus à une grimace qu'à un sourire.
- Donnez-vous votre numéro et je vous appellerai demain sans fautes.
Max dicta donc son numéro de biper, espérant qu'elle ne tomberait plus sur cette femme avec qui il habitait. Ceci fait, ils se séparèrent à contre cœur, l'un allant s'asseoir à une table, l'autre ressortant rapidement du bâtiment.
Appartement de Max et de Cindy - Seattle
22.46 PM
La transgénique poussa la porte, se dévêtit de son blouson et marcha en direction de la salle de bain lorsqu'une voix l'interrompit :
- Je commençais à m'inquiéter.
- Pardonne moi Cindy. J'avais besoin de me changer les idées et de me défouler un peu.
- Et sur quoi ? Ou sur qui ?
- Adam, murmura-t-elle en repensant à l'expression du visage du jeune homme. Il voulait savoir pourquoi j'avais rompu avec lui.
- Tu lui as dit quoi ? s'enquit la jeune noire en se rapprochant de sa meilleure amie.
- Que je l'aimais comme un frère.
- Ça pour être direct, c'est direct.
- Cindy ! Qu'est ce que tu voulais que je lui dire d'autre ? Cette soirée commençait bien et il a tout foutu en l'air. Bon j'avoue que j'y ai été un peu fort, mais au moins c'était franc et honnête.
- Y'a un truc que je pige pas mon choux. Tu es partie d'ici comme un ouragan et tu viens de me dire que la soirée commençait bien.
- C'est que… j'ai rencontré Logan au Crash.
- Logan ? Celui qui fait que ton nez remonte quand tu parles de lui ?
- C'est lui, oui, répondit Max en souriant.
- Et … ?
- On a discuté… de lui, de ce qui l'a poussé à faire ce job dans cette société et du fait que nous aimions tous deux la solitude …
- Ce qui est gênant pour une relation, la coupa Cindy.
- Non, pas dans le sens « je resterai célibataire toute ma vie ». Tu sais très bien qu'un petit moment de solitude dans un bain chaud me relaxe. C'est la même chose pour lui, sauf que tu remplaces le bain par un fauteuil et un verre de vin.
- Et en quoi Adam a gâché cette très intéressante conversation ?
- Ma contrariété s'est envolée au moment où j'ai reconnu sa voix. Mais bien sûr, cet abruti est arrivé et s'est présenté comme mon petit-ami, finit-elle en s'asseyant lourdement sur une chaise. De toute façon, pourquoi je me fais tout ce cinéma ? Il est déjà avec quelqu'un. Qu'est ce qu'il pourrait bien faire d'une fille conçue dans le but de tuer et travaillant dans une boîte minable qui ferait fuir n'importe quel être humain en quête de boulot ?
- Tu résumes assez bien Jam Pony.
- Cindy, je suis sérieuse.
- Max, il faut toujours suivre ses émotions, lança Cindy en lui prenant les mains. Tu ressens quelque chose pour lui, n'essaye pas de refouler ces sentiments. Ou sinon ton crâne va péter les plombs et tout le monde subira ton humeur de chien dans ces moments là.
- Ce que tu peux être rassurante quand tu veux, ironisa la X5.
Bar du Crash - Seattle
19.30 PM
- Vous dîtes avoir aperçu un échange douteux entre un employé de ma société et un autre homme. Comment savez-vous qu'il en fait partie ?
- Et bien … commença l'homme en se triturant les doigts, visiblement nerveux.
- Vous n'avez rien à craindre Mr Hoffman, personne ne sait que nous avons cette entrevue.
- Je vous fait confiance Mr Cale. Quand il a fouillé dans son sac pour prendre son portefeuille, j'avais besoin de sa carte d'identité, j'ai vu un logo sur une chemise, celui de votre société. J'ai su que c'était le votre aux informations quand ils ont parlé de ce meurtre. Et puis cet homme en noir ne me plaisait pas du tout. Vous auriez vu son regard quand je lui ai demandé ses papiers avant qu'il prenne une chambre. On aurait dit un regard de tueur, à vous glacer le sang jusqu'à la moelle.
- Sous quel nom s'est-il présenté ?
- … je ne me souviens plus très bien. Vous ne savez pas le nombre de clients que j'ai à cette saison …
- Vous avez parlé d'un accent soviétique.
- Oui c'est ça. Il avait un fort accent du nord, tout comme son nom. J'ai du lui faire répéter plusieurs fois, ce qui ne lui a pas plu.
- Vous êtes sûr de ne l'avoir inscrit nul part ? Un agenda, un morceau de papier, n'importe quoi.
- Peut-être bien que si. Attendez deux minutes, répondit-il en prenant le sac qu'il avait posé près de lui tandis que Logan passa une main sur son visage, exaspéré et fatigué.
Il aurait tant donné pour se retrouver chez lui en compagnie de Max, celle dont il était éperdument amoureux. Il ne savait pas vraiment si c'était réciproque si ce n'est qu'elle avait eu l'air d'être heureuse de l'avoir rencontré, comme si sa présence la réconfortait. Il avait été à cent lieux de penser qu'ils puissent se revoir à nouveau, ici, dans un lieu parmi tant d'autres à cette heure de la soirée. Il repensa à sa réponse concernant le moyen de la contacter. Kimberley aurait pu lui mentir à ce sujet ? Mais pourquoi ? Elle n'avait pas conscience des sentiments qu'il avait pour la jeune femme aux yeux sombres alors pourquoi le lui cacher ? Sûrement parce qu'elle était maladivement jalouse. Il se souvint qu'ils avaient eu plusieurs disputes sur ce sujet, elle n'avait pas aimé la façon dont il avait « regardé » une de ses amies et non plus le fait qu'il puisse avoir une jeune secrétaire jolie à regarder. Tout cela tournait à la dérision. Lorsqu'il aurait fini avec le gérant de l'hôtel, il irait lui demander les raisons de son mensonge et aurait ainsi le cœur net sur cette jalousie.
- Je suis désolé. J'ai cru l'avoir noté sur mon agenda, mais non. Je pourrais vous le donner plus tard, lorsque je serai rentré à l'hôtel.
- Très bien, c'est moi qui vous contacterai, lança Logan en se levant, tendant sa main en guise de au revoir.
L'homme se leva à son tour, lui serra la main et tous deux repartirent d'où ils étaient venus.
Appartement de Logan - Seattle
20.12 PM
Logan entra dans la pièce, découvrant Kimberley assise sur le canapé, visiblement en train de l'attendre. Celle-ci tourna la tête lorsqu'il arriva et se replongea dans la lecture de son livre.
- Tu était parti où ?
- Au Crash.
- Au Crash ? Tu n'y vas jamais d'habitude.
- J'avais rendez-vous.
- En dehors de tes journées de boulot ?
- Parfaitement, répondit-t-il en s'asseyant à côté d'elle. Kim, il faut qu'on parle. À propos du numéro de Max, dit-il tandis qu'elle cillait légèrement, mais ce dont il s'aperçut.
Voyant qu'elle ne répondait rien, il reprit la parole.
- Pourquoi tu m'as dit qu'elle n'en avait laissé aucun ?
- Tu es allé au Crash pour la voir, c'est ça ?
- Répond à ma question.
- Toi aussi.
- On s'est rencontré par hasard.
- Et tu penses que je vais te croire ?
- Mais qu'est ce que tu veux que je te dise de plus ? s'écria-t-il en haussant la voix. C'est la stricte vérité. Tu veux peut-être que je te mente comme tu l'as fait ? Avec toi, je ne peux pas approcher une seule femme à moins d'être à vingt kilomètres d'elle.
- Mais c'est parce que je tiens à toi Logan.
- Kim, je crois qu'on a besoin tous les deux de prendre du recul.
- Tu veux qu'on se sépare ? s'enquit-elle, les larmes aux yeux.
- Depuis la mort de Sednil, nous ne pouvons plus avoir de réunion entre membres de la société. Je vais prendre quelques jours de repos.
- De toute façon, je vais partir dans le Toronto, je ne rentrais que dans deux ou trois jours, déclara-t-elle en se levant rapidement, essayant de ne pas fondre en larmes.
Logan la regarda partir, ne faisant aucun geste pour la retenir puisqu'il en avait assez de son attitude. Pas seulement depuis qu'il avait rencontré Max, mais depuis bien longtemps. C'était seulement qu'il avait voulu croire que tout s'arrangerait avec le temps.
Spokane - État de Washington
20.40 PM
Thomas Hedg se dirigea vers son interlocuteur et se planta devant lui, décidé à ne pas se dégonfler cette fois-ci.
- Comme je vous l'ai dit, Le Conseil a encore besoin de vos services, Mr Hedg.
- Quel genre de service ?
- Le même que précédemment. Cet homme ne doit plus voir la lumière du jour, dit-il en lui présentant une photo. Il faut que ça ait l'air d'un accident, faîtes votre possible et Le Conseil effacera une fois de plus certaines de vos dettes.
- Très bien, répondit Thomas.
- Je vois qu'on s'est compris, lança Jerberkof en sortant de la maison tandis qu'Hedg poussa un soupir bruyant, essayant de se préparer mentalement à la mission qu'on lui avait désigné.
Il n'avait pas le choix. Soit il tuait cet homme soit c'était lui qui recevrait une balle ou aurait un malencontreux accident. Il ne pouvait pas laisser sa mère seule, elle avait trop besoin de lui vu son âge avancé. Et surtout il n'avait plus rien à part elle, il ne s'était fait aucun ami et sa fiancée l'avait quitté pour une raison qui lui était inconnue ; peut-être était-ce parce qu'il était un lâche, un idiot qui passait sa vie entre son boulot de petit fonctionnaire et celui de tueur, histoire de ce donner un but, il n'en savait rien. Mais tout cela devait finir un jour ou l'autre, quelque soit la façon.
Jam Pony - Seattle
9.25 AM
Max marcha vers ses meilleurs amis, n'écoutant pas ce que lui racontait Normal depuis son comptoir fétiche.
- Si seulement il pouvait la mettre en veilleuse, ça nous ferait des vacances, lui dit-elle en soupirant.
- Je vous ai très bien entendu Max, cria Normal.
- Et bien alors, faîtes moi plaisir, fermez-la.
- Comme si je prenais en compte les moindres plaisirs de mes employés.
- Les gars, s'il vous plaît, aidez-moi, supplia-t-elle.
- Laisse couler sur toi les paroles de ce simple mortel, ma sœur.
- C'est gentil Herbal, mais laisser couler les interminables morales de Normal est impossible.
Elle se dirigea vers son casier, comme tout matin, prit ses affaires lorsque son biper retentit. Elle reconnut le numéro et appela depuis le téléphone de Jam Pony.
- Heureusement que je ne dors plus à cette heure-ci.
- Moi aussi je suis content de vous entendre, ironisa son interlocuteur. Je me demandais si vous … enfin si tu serais d'accord pour qu'on se voit.
- Tu es sérieux ?
- On ne peut plus.
- Ma pause est à midi … commença-t-elle. On peut se retrouver au Crash.
- C'est que j'ai un rendez-vous. Ce soir, ça te dit ?
- Je crois que je n'ai rien de prévu.
- Alors à 18.00, à mon appartement ? On sera plus tranquille qu'au milieu d'alcooliques en manque de bières.
- À 18.00, répondit-elle avant de raccrocher.
Cindy s'approcha d'elle, se demandant qui pouvait bien l'appeler.
- C'était qui ?
- Logan. On se voit ce soir.
- Uh, ça se précise alors, répondit la jeune noire en souriant.
- Cindy, on en a déjà parlé hier.
- Tout ce que tu voudras mon chou.
Quelque part dans le secteur 10 - Seattle
11.00 AM
- Voici ce que vous m'avez demandé hier. Tout est écrit, leur nom et leur numéro de chambre, dit l'homme en tendant une feuille à l'autre homme.
Le blond parcourut le papier et puis interrogea le gérant de l'hôtel.
- Il n'y a pas d'adresse.
- C'est que j'ai toujours promis à mes clients de ne pas noter leur adresse de domicile. Certains viennent se cacher de je-ne-sais quel chef mafieux ou pour s'envoyer en l'air dans la plus grande discrétion. C'est une règle chez moi. Mais si j'avais su ce qu'ils trafiquaient, je l'aurais bafouée sans hésiter.
- Je vais voir ce que je peux faire avec ceci. Je vous remercie de m'aider à résoudre cette affaire.
- Je suis à votre entière disposition à la seule condition que vous ne mentionnerait rien qui puisse avoir un lien avec moi. Je suis marié et ma femme ne s'en remettrait pas s'il m'arriverait quelque chose.
- Ne vous inquiétez Mr Thurl, répondit Logan alors que la sonnerie de son téléphone retentissait.
Le jeune homme décrocha tout en saluant le gérant et reconnut la voix de son associé.
- Salut Logan, c'est John. Prépare tes affaires, nous partons.
- Quoi ? s'enquit-il, ne comprenant pas la raison de ce départ précipité.
- C'est pour plus de sécurité. La police pense que le tueur est toujours dans les parages et veulent que nous quittions l'Etat quelques jours.
- Et bien sûr ils refuseront si je leur dis que je veux rester ici.
- T'es malade ou quoi ? Je te rappelle que Sednil est mort et que nous pouvons aussi passer de vie à trépas. D'ailleurs pourquoi veux-tu rester ici ? Kim est partie ce matin au Canada, il n'y a rien qui puisse te retenir.
- Oh si il y a quelque chose qui me retient, répondit-il alors que le visage de la transgénique apparut dans son esprit.
- Quoi que ce soit, il faut que tu laisses tomber et que tu ramènes ton derrière à l'aéroport dans une demie-heure.
Logan referma son portable, fixant un point invisible devant lui puis le réouvrit et composa une succession de numéro. Quelques secondes plus tard, son téléphone sonna de nouveau.
- Il faut qu'on annule pour ce soir.
- Pourquoi ? s'enquit une voix féminine.
- Mon associé vient de m'appeler. Je … je dois partir de Seattle.
Il attendit la réponse de la X5, mais n'entendit rien.
- Max ?
- Combien de temps ? demanda-t-elle en cachant la déception qu'elle éprouvait.
- Je n'en sais trop rien. Peut-être deux ou trois jours ou peut-être une voire deux semaines ou bien il se peut que je ne revienne pas.
- Et tu t'en vas où ?
- Il ne me l'a pas dit. Je sais juste que je dois quitter l'État pour « plus de sécurité » … Tu me manqueras Max.
- Toi aussi, répondit-elle en raccrochant sans un mot de plus tandis que Logan, furieux malgré lui, shoota dans un caillou qui partit s'écraser quelques mètres plus loin.
Une semaine passa, deux, puis trois sans que Logan ne donne aucun signe de vie. Max continuait sa vie habituelle entre son boulot de coursier et ses soirées à rester chez elle, seule tandis que Cindy, Herbal et Sketchy, voyant que la jeune femme déprimait de plus en plus au fil du temps, essayaient de la sortir par-ci par-là mais sans succès apparent.
Jam Pony - Seattle
8.45 AM
Max traversa la pièce avec une déconcertante monotonie, prenant au passage le paquet que lui lançait Normal en beuglant ses « bip, bip, bip » quotidiens et s'apprêta à enfourcher son vélo quand sa meilleure amie s'approcha d'elle.
- On va au Crash ce soir. Ça te dit de venir avec nous ?
- Pas vraiment non.
- Tu devrais sortir mon chou. Ça te ferait du bien.
- S'il te plait Cindy. Comprend-moi, répondit-t-elle en s'éloignant vers la sortie.
Cindy la regarda partir puis retourna vaquer à ses occupations quand elle aperçut une silhouette arriver et se dirigea vers elle, décidé à lui faire passer un mauvais quart d'heure.
Vorkhouta - Russie
9.03 AM
Hans Batkel regarda les hommes qui lui faisaient face lorsque l'un deux prit la parole.
- La situation est toujours la même. Vous nous aviez dit il y a plus de trois semaines que les choses changeraient pour la Russie, qu'elle redeviendrait la première puissance mondiale.
- Patience. On ne change pas le statut d'une nation en quelques jours, répondit-il froidement. De nouvelles informations me sont parvenues, je vous assure que nous approchons de notre but. Nous sommes même très proches.
- Quelles sont ces informations ?
- Comme vous le savez, cet homme est le successeur de Mr Patrick Sednil, dit-il en montrant du bout de son stylo une photographie accroché au mur à sa droite. Dans moins de quarante huit heures, sa vie s'éteindra comme une flamme s'éteint lors d'un coup de vent.
Secteur 8 - Seattle
10.56
Max tendit le paquet marron à la vieille femme en échange de sa signature puis descendit les marches du perron. Son biper sonna bruyamment ce qui la fit se diriger vers une cabine téléphonique puis composa un numéro.
- Jam Pony X-Press, bonjour.
- Vous devriez changer votre discours Normal. Passez-moi Original Cindy, elle vient de me biper.
- Ce sera déduit sur votre salaire, Miss je-suis-de-mauvaise-humeur.
- Si vous continuez, vous aurez la mort d'un homme sur la conscience.
La transgénique entendit son patron murmurer quelque chose puis la voix de Cindy retentit dans le combiné.
- Original Cindy a une bonne nouvelle pour toi mon chou.
- Et quelle est cette nouvelle qui doit me remonter le moral ?
- Ton prince charmant est revenu.
- … tu me fais marcher là ? s'enquit Max, trop heureuse de la croire.
- Elle n'oserait pas, lui répondit une voix masculine dont elle n'avait pas entendu le son depuis des lustres.
Le monde autours de Max faillit s'écrouler en entendant cette voix, la jeune femme déglutit difficilement avant d'émettre un son.
- Depuis quand es-tu à Seattle ?
- Depuis environ une heure. Je me suis dis que tu serais peut-être à Jam Pony, mais je t'ai manqué.
- J'arrive tout de suite, finit-elle précipitamment avant de monter sur son vélo, manquant de tomber à terre, puis pédala comme une furie rejoindre l'homme dont elle était follement éprise.
Jam Pony - Seattle
11.20
Logan regarda autours de lui : c'était le brouhaha complet. Tous les coursiers allaient et venait tout en discutant ensemble. Il se demanda comment la jeune femme pouvait travailler dans ses conditions puis la vit arriver, s'approcher de lui et l'enlacer comme si des millions d'années s'étaient écoulé depuis leur séparation. Brusquement des paires d'yeux se fixèrent sur eux, ce qui les obligèrent à se séparer, puis le brouhaha reprit de plus belle.
- Tu ne veux pas qu'on aille marcher un peu dehors ? s'enquit le jeune homme. Je n'arrive pas à m'habituer à cette atmosphère.
- Bien sûr.
Les deux jeunes gens sortirent donc de Jam Pony, discutant à tords et à travers, apprenant tout de l'autre. Arrivés à un carrefour, Max posa son regard sur la vitrine d'un antiquaire et découvrit une magnifique statuette, qui représentait la déesse Baste, une déesse de l'Antiquité qu'elle aimait beaucoup.
- Elle est sublime, regarde, dit-elle au jeune blond en le dirigeant vers la vitrine. Elle représente Baste : la déesse qui rassemble toutes les autres déesses. L'œil de Râ. Protectrice, vengeresse, celle qui donne la vie et qui a la vie éternelle.
- Ma culture sur l'Antiquité vient de s'enrichir …
- Ce qui n'est pas le cas pour mon portefeuille, commenta-t-elle, une moue sur le visage. Pourquoi est-ce que ce monde décadant est si cher ?
- Parce que c'est un monde décadant justement, lui répondit Logan en souriant. Nous avons toujours un dîner à organiser, non ?
- Quoi ? Tu t'en souviens encore ?
- Je n'ai pas arrêter de m'en vouloir pendant trois semaines pour t'avoir laisser tomber de cette façon …
- Logan, ce n'était pas si grave que ça, dit-elle en souriant à son tour. Mais je suis partante.
- 20h00 ce soir alors ?
- 20h00 ce soir, acquiesça-t-elle alors que leur regard se soudaient pendant un instant, puis chacun partit d'un côté ; l'un retournant travailler, l'autre rentrant chez lui.
Appartement de Logan - Seattle
20.17 PM
Max prit le verre de vin que lui tendait Logan et lui sourit, heureuse de passer un moment tranquille avec lui, mais néanmoins nerveuse, chose qui ne lui arrivait pratiquement jamais. Le jeune homme remplit de même son verre du liquide rouge et l'approcha de celui de Max.
- À ce début de merveilleuse soirée, dit-il en levant son verre.
- À ce début de merveilleuse soirée, répéta la transgénique, se plongeant dans un bleu qu'elle aimait tant et oubliant le monde extérieur.
Leurs regards se fixèrent quelques secondes, brûlant de passion l'un pour l'autre puis la sonnerie du four les interrompit, les faisant rire tous les deux, sans trop savoir pourquoi. Logan se leva en attrapant au passage deux gants et s'engouffra dans le cuisine puis y ressortit avec un plat dans les mains, le déposant au centre de la table.
- Spécialité maison, Poulet à la Cale.
- Alors comme ça, tu es doué dans la cuisine ? C'est très intéressant vu que je suis nulle pour préparer un plat.
- C'est vrai ? Et bien, il faudra qu'on résolve ça.
- Ce qui est une tâche très ardue, lui répondit-elle en buvant.
- J'ai quelque chose pour toi, lança-t-il en se penchant vers elle, à quelques centimètres du visage de la jeune femme, faisant monter la température de la pièce d'un ou deux degrés puis se leva en se dirigeant vers la partie de la pièce considérée comme étant le séjour et s'arrêta, invitant Max à le rejoindre, ce qu'elle fit.
Il partit chercher un sac en papier, fouilla à l'intérieur et lui présenta une bouteille. La transgénique la prit et l'examina puis, comprenant ce que c'était, leva les yeux vers le jeune homme, le regardant d'un air bizarre.
- Tu aimes ?
- … Euh, oui. C'est … une bouteille de bain moussant, déclara-t-elle en faisant une moue.
- Tu m'as dit que tu adorais passer du temps dans ta salle de bain alors quand j'ai vu ça …
Max sourit mécaniquement, se disant qu'il se vexerait si elle ne réagissait pas, mais intérieurement était déçue. Elle avait du manquer quelque chose. Qui ferait ce genre de cadeau ? Même un idiot avec qui elle était sortit il y a quelque temps ne lui aurait jamais offert ce genre de chose. Jamais.
Brusquement, elle entendit un bruit et découvrit que l'homme qui lui faisait face était pris d'un monstrueux fou rire.
- Mais non, je plaisante Max. Je n'irais jamais t'acheter du bain moussant.
La X5 regarda une nouvelle fois la bouteille puis partit elle aussi dans un fou rire, soulagée.
- J'ai tout de même un cadeau pour toi, continua-t-il en lui tendant une boite.
Elle la prit, l'ouvrit et releva la tête, un sublime sourire aux lèvres, ayant découvert une magnifique statuette, une statue de la déesse Baste.
- Tu avais eu l'air de l'aimer ce matin … et puis je suis repassé devant.
La jeune femme s'avança vers lui et l'enlaça en le remerciant tandis que Logan l'enlaçait à son tour. Ils restèrent dans cette position quelques secondes, aimant le contact de ‘un et de l'autre puis se séparèrent avant que leurs lèvres se touchent, laissant aller toute la passion qui les animait depuis leur rencontre. Leurs mains commencèrent à se parcourir mutuellement quand une voix se fit entendre, les interrompant dans leur action :
- Logan ? Tu es là ? J'ai appris que tu était rentré.
Une silhouette féminine apparut suivie d'un sac à roulettes, grinçant bruyamment à chaque rotation.
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