Appartement de Logan - Seattle
20.23
Les deux gens se séparèrent brutalement, mettant des kilomètres entre eux; Max se dirigeant vers la fenêtre dans l'espoir de trouver quelque chose à dire et Logan maudissant Kimberley de débouler à ce moment précis tandis que cette dernière s'aperçut de la tension qui s'était installée. Elle vit en premier lieu le jeune homme puis découvrit une forme féminine à côté de lui, marchant vers la fenêtre comme si quelque chose d'important se déroulait à l'extérieur. Son cerveau ne mit pas longtemps à analyser les informations qu'elle voyait et un sentiment de colère, de jalousie et de tristesse la prirent.
- Je vois que j'arrive à un mauvais moment, déclara-t-elle froidement. Je vais vous laisser dans ce cas.
- Non, c'est moi qui vais partir, répondit la transgénique en marchant vers la sortie, ne regardant ni l'un ni l'autre.
- Max … commença Logan en la rattrapant. Reste, s'il te plaît.
- Je suis désolée, mais je ne peux pas. C'était sublime Logan, vraiment. Merci beaucoup.
La jeune femme ouvrit la porte, se retourna vers le jeune homme, souda son regard au sien pendant quelques secondes puis sortit de l'appartement à contre-cœur, refoulant les larmes qui affluaient.
- Je croyais que tu voulais réfléchir sur notre relation ! s'énerva Kimberley.
- C'est ce que j'ai fait.
- Ah oui, bien sûr. C'est pour cette raison que tu passais la soirée avec cette fille.
- Écoute Kim, j'en ai marre de jouer à ce petit jeu, répondit-il en soupirant.
- Quel jeu ?
- Tu sais très bien de quoi je parle. On avaient des points communs dans le temps, mais on a beaucoup trop changé et puis …
- Et puis quoi ? la coupa-t-elle.
- Et puis nos sentiments l'un pour l'autre ne sont plus les mêmes. Tu restes avec moi parce que j'ai de l'argent et quant à moi, c'est parce que j'ai voulu croire que tout s'arrangerait. Que tout redeviendrait comme avant. Mais c'est fini.
Le jeune homme se dirigea vers la table, entreprit de la débarrasser puisque Max était partie et qu'il n'avait plus faim quand la jeune femme blonde prit la parole.
- Tu es amoureux d'elle, n'est-ce pas ?
- Tu devrais retourner à ton appartement.
- Tu ne veux pas me répondre ?
- Pourquoi tu me poses la question si tu connais déjà la réponse ? s'enquit-il en la regardant.
Kimberley comprit qu'il n'y avait rien à faire pour qu'il change d'avis, empoigna sa valise et sortit de l'appartement dans le grincement insupportable de ses roues.
Appartement de Max et de Cindy - Seattle
21.45 PM
- Je n'en reviens pas que tu sois partie.
- Qu'est ce que tu voulais que je fasse d'autre ? Si tu avais vu son visage quand elle nous as vu … On aurait dit un gamin jaloux du jouet de son copain.
- Et qu'est ce qu'il a dit ?
- Il a voulu me retenir, répondit Max en détournant le regard du visage de sa meilleure amie.
- Ne viens pas me dire après ce début de soirée qu'il ne ressent rien pour toi.
- Pourquoi est-ce que tout est si compliqué ? Franchement, dis-le moi, dit-elle en se renfrognant. Déjà qu'être une machine à tuer n'est pas de tout repos et il faut en plus ma vie sentimentale soit un échec. Elle est belle la vie.
- Mais si mon petit chou. Il faut relativiser et arrêter de broyer du noir sans arrêt. Ca fait tâche dans ce grand monde, lança Cindy en mettant un bras derrière le dos de la transgénique, essayant de la réconforter.
Richland - État de Washington
9.00 AM
L'homme parcoura du regard l'immense salle de réception : les meubles étaient recouverts de drap blanc et la silhouette du cadavre de Sednil sur le sol, dont les contours avaient été peints en blanc, avait disparu tout comme la joie qui l'avait habité trois semaines auparavant, lors de cette fameuse réception. Il s'en souviendrait toujours : le discours, les rires de son supérieur puis le corps tombant mollement à terre, sans vie. La panique générale avait éclaté, certaines personnes s'étaient mises à crier, d'autres à courir dans tous les sens comme poursuivies par des spectres et quelques unes, dont son meilleur ami, à tenter de secourir comme ils pouvaient le blessé. Mais le coup avait été fatal, il avait perdu la vie sur le moment, sans souffrance ou du moins seulement pendant quelques millièmes de secondes. Quel spectacle atroce. Depuis ce meurtre, il n'avait pas fermé l'œil une seule nuit malgré ce voyage au Mexique qui aurait du le détendre. Succéder à son supérieur ne lui plaisait plus du tout, lui qui en avait rêver des nuits entières.
- Quelle nuit horrible, déclara une voix masculine.
John Carmer se retourna et découvrit un homme portant un jean bleu foncé et un blouson en cuir. Logan Cale, son meilleur ami, pratiquement son frère. Ils étaient liés comme les deux doigts de la main depuis l'époque de l'école primaire. Logan avait toujours été là pour lui dans les moments les plus durs, surtout celui là. Carmer ne savait pas comment le jeune homme blond pouvait supporter tout ça.
- Tu l'as dit oui.
- Comment tu te sens ?
- Je ne sais pas. On peut dire qu'un évènement comme ça vous fait réfléchir sur le sens du mot « vivre », répondit-il en souriant faiblement.
- Tout à fait. J'ai du faire des centaines de fois la liste de tout ce que je dois faire avant l'heure fatidique.
- C'est à dire ?
- Trop longue à énumérer, ça prendrait des jours, lança Logan en souriant à son tour.
- Et toi ça va ?
- Je commence à digérer, mais ça prendra beaucoup de temps.
- Tu as au moins Kim pour te soutenir. Il n'y a que la photo de mon fils sur mon bureau qui m'empêche de ne pas tout lâcher et de me réfugier au fin fond de l'Antarctique parmi les petits esquimaux et leurs pingouins.
- C'est de l'histoire ancienne entre nous.
- Vraiment ? Depuis quand ? s'enquit John en se rapprochant de lui.
- Tout juste hier. Elle m'a fait encore une crise de jalousie, l'eau qui a fait déborder le vase.
- À propos de quoi ?
- Comme d'habitude.
- Tu étais en charmante compagnie, c'est ça ?
- Oui si on peut appeler ça comme ça, répondit Logan en riant.
- Logan … comment elle s'appelle ?
- Max.
- Max … Max … Maximiliane ? Maximilienne ?
- Maxine.
- Maxine, très joli, répondit-il en souriant. Tu me la présente quand ?
- Ah mon vieux, tu n'es pas du tout son type, commenta Logan en l'emmenant à l'extérieur du bâtiment. Mais pas du tout.
- Ca signifie quoi ?
- Mais rien voyons.
- Je vois. Un grand blond qui est accessoirement mon associé lui plairait plus ? Quand je pense que tu me reprochais il y a quelques années d'enchaîner histoires sur histoires …
Mais dis-moi, Logan Cale serait-il amoureux ?
- J'en ai bien peur, finit ce dernier alors qu'il sortaient finalement du bâtiment.
Jam Pony - Seattle
9.15 AM
La transgénique attrapa le paquet que lui lança Normal, ouvrit son sac, l'enfouit dedans et s'apprêta à partir quand elle vit un jeune homme arriver vers le comptoir et s'adresser à son patron qui proliférait à tout bout de champs ses pitoyables morales de la journée.
- Bonjour. Je viens d'arriver ici et je cherche du boulot. Vous n'auriez pas une place pour moi ?
- Désolé, c'est complet.
- Tans pis. Merci quand même, ça a été un plaisir de parler avec vous, répondit l'inconnu en lui souriant.
- C'est sensé être ironique je présume.
- Pas du tout non.
Normal observa l'homme devant lui puis se baissa et lui tendit une feuille.
- Remplissez ce papier et revenez cet après-midi.
- Merci beaucoup Monsieur, vous me sauvez la vie, répondit-il en prenant la feuille tandis que Max se dirigea vers Original Cindy.
- Encore un qui va devenir alergique à l'expression "bip, bip, bip".
- Original Cindy pense que Normal se ramollit de plus en plus en embauchant des nouveaux.
- Il est pas mal, non ?
- Qui ? Pas Normal j'espère.
- Mais non, le nouveau.
Cindy suspendit son geste tant elle était abasourdie et regarda bizarrement son amie.
- Tu te sens bien ?
- Oui pourquoi ?
- Tu n'arrêtes pas de reluquer ce gars.
- Je ne reluques personne, répondit Max sans lâcher le nouveau des yeux.
- Je croyais qu'il n'y avait que Logan qui t'intéressait.
- Hein ? Que vient faire Logan là-dedans ? C'est juste que ce gars est pas mal, c'est tout.
- Ah ouais ? Et c'est pour ça que tu le regarde comme un chien devant un morceau de viande ? demanda Cindy en mettant ses mains sur ses hanches.
- C'est vraiment l'impression que je donne ? s'enquit la X5 d'un air confus.
- En tout cas pour moi.
- Oh non. Cindy, je suis de nouveau en chaleur, déclara Max en s'asseyant lourdement sur une chaise.
Richland - Seattle
10.03 AM
L'homme se coula sans un bruit sous la voiture, entreprit de couper le système de commande des freins puis entendit brusquement des pas venant vers l'automobile. Il marmonna des paroles que lui seul comprenait, sortit tant bien que mal du dessous de la voiture et couru se cacher quelques mètres plus loin. Il examina les deux hommes qui arrivait : l'un était assez grand, environ la trentaine et portait des habits de civil tandis que l'autre, plus petit et plus vieux était habillé en costard cravate. Il reconnut le deuxième comme étant sa cible et se demanda qui pouvait bien être le premier puis le souvenir d'une photo dans le journal local de la ville lui revint ; la photo d'un dénommé Cole ou bien Cale il ne savait plus trop, l'associé de sa cible. Ce dernier prit ses clefs, appuya dessus et une sonnerie électrique qui signifiait l'ouverture automatique des portes se fit entendre. Il salua Logan, ouvrit manuellement une porte et disparut à l'intérieur tandis que l'autre homme s'éloignait de lui. Un vrombissement de voiture lui parvint puis le silence complet s'installa. Il sortit de sa cachette et regarda autour de lui : où était passé le blond ? Il ne l'avait pas vu passer. Il fronça les sourcil quand une voix derrière lui résonna dans l'air.
- Je peux vous aider ?
Hedg se retourna et découvrit celui qu'il cherchait qui le regardait froidement.
- Non, merci. Je pense que je vais me débrouiller.
- Que faites-vous ici ? C'est une zone bouclée par la police.
- Je cherchais John Carmer.
- Vous êtes journaliste ?
- Et bien … oui, c'est ça, répondit Hedg, mal à l'aise.
- Je peux voir votre badge ? s'enquit Logan en s'approchant de lui.
Hedg paniqua intérieurement. Il devait faire quelque chose ou bien ce gars allait alerter la police et Jedberkof lui ferait la peau. Il passa sa main dans sa veste, en ressortit un revolver et pressa tardivement la détente en direction du jeune homme alors que ce dernier se jeta sur le côté, heureux d'avoir intégrer quelques mois l'armée américaine après la fac, et courut se réfugier derrière une voiture garée plus loin. Le jeune homme regarda autour de lui, cherchant quelque chose qui puisse l'aider quand son cellulaire sonna brusquement. Il jura, l'éteignît, regarda où était l'homme suspect et vit qu'il se dirigeait vers lui, toujours armé. Il avait le choix entre deux options : soit rester ici et se faire descendre par ce taré, soit essayer d'atteindre sa voiture, garée un peu plus loin. Logan opta pour la deuxième et devait donc trouver le moyen d'y parvenir sans perdre la vie. Une tâche très ardue. Il pria pour que ce tueur louche comme une taupe, ce qui était invraisemblable, respira un bon coup quand il entendit la voix grave d'un homme au loin.
- Hey ! C'est une zone fermée. Veuillez sortir.
Il risqua un œil et découvrit une patrouille de trois policiers. Le jeune homme poussa un soupir de soulagement et remercia le ciel de ce miracle ; une ou deux minutes de plus et il se retrouvait là-haut.
- Je suis désolé, je me suis perdu. Je vient d'arriver et je ne connais pas cette ville.
- Où voulez-vous aller ? s'enquit une autre voix.
- Je cherche un hôtel pour la semaine.
- Un hôtel ? Vous en trouverez sûrement au centre-ville. Dans cette direction, répondit le premier policier en lui montrant du bout de l'antenne de sa radio portable.
- Je vous remercie, déclara Hedg en leur souriant.
Logan attendit deux-trois minutes qui lui parut une éternité, le temps que le trio mette les voiles puis se mit à courir vers sa voiture, craignant que le malade qui avait voulu le tuer ne revienne et démarra en trombe.
Jam Pony - Seattle
11.00 AM
- Il faut que je rentre chez moi. Je vais craquer si je reste ici.
- Original Cindy voit déjà la tête de Normal en apprenant que tu arrêtes de bosser pendant un moment.
- Tu pourrais lui dire ? J'ai peur de commettre le pire si je vais le voir.
- Pas de problème mon chou. Et pour Logan ?
- Je ne peux pas le voir dans cet état, répondit-elle en se tortillant sur un banc.
- Pourtant ça ne vous dérangerait pas vu ce que tu m'as raconté hier soir.
- Comment je me sentirais après en pensant que j'ai assouvi mes pulsions animales sur lui ? Je ne veux pas faire la même erreur qu'avec Adam.
- La différence est que tu éprouves quelque chose pour Logan alors que tu considérais Adam comme un ami, un frère.
- Peut-être bien, dit-elle vaguement.
- Tu dois tenir combien de temps cette fois-ci ?
- Comme d'habitude. Un peu moins de deux jours.
- Excusez-moi de vous interrompre mais vous pourriez me dire où se trouve Bell Street ? demanda le nouveau coursier aux deux jeunes femmes.
- Bien sûr, je suis à toi, répondit la X5 en s'avançant vers lui, un sourire malsain sur les lèvres.
- Non, non, reviens ici ! s'écria Cindy en la rattrapant. Mon choux, c'est vraiment grave.
- Et mon adresse ? s'enquit le jeune homme en les voyant s'éloigner.
Appartement de Max et de Cindy - Seattle
12.30 PM
Max tourna violemment la page du journal qu'elle tenait entre les mains, parcoura les lignes en diagonale puis tourna de nouveau la page suivante de la même façon. Brusquement, elle balança le journal devant elle qui atterrit dans un bruit sourd à terre, manquant de renverser la plante placée eux centimètres à côté. Puis se leva et fit des aller-retour dans toute la pièce, cherchant un moyen de se calmer. Elle entendit des coups à la porte, ce qui l'arrêta dans ses mouvements, interdite, puis alla ouvrir après mûres réflexions. Après tout, elle était adulte et savait se contrôler quand le moment venait. La transgénique tourna la poignée et découvrit avec surprise la personne qui lui faisait face.
- Je ne te dérange pas ?
Comment pouvait-elle se contrôler alors que l'homme qu'elle aimait se tenait à quelques centimètres d'elle ? L'envie de lui sauter dessus lui traversa l'esprit mais fut de courte durée.
- Tu tombes à un mauvais moment Logan. Je suis désolée.
Elle alla refermer la porte quand il la barra avec sa main, se rapprochant d'elle.
- Je n'ai personne à qui parler à part toi.
- Je ne peux vraiment pas Logan, répondit-elle, à la limite de le supplier tant elle savait qu'elle ne résisterait pas bien longtemps.
- J'ai reçu un coup de fil chez moi … commença-t-il, les larmes aux yeux. C'était la police … John est mort.
Max l'observa quelques secondes et, devant son air complètement désespéré, céda puis l'invita à entrer. Elle se promit de garder une certaine distance entre eux, ce qui la poussa à s'asseoir à vingt kilomètres de lui.
- Je suis désolée.
- Il m'ont dit que sa voiture a raté un virage à cause d'une vitesse excessive.
- Les accidents de voiture sont fréquents.
- Mais ce n'est pas un accident justement ! dit-il en haussant la voix malgré lui.
- Comment ça ? s'enquit Max, tentant de ne pas le regarder directement.
- Je le connaissais pas cœur. John ne roulait pas plus vite qu'une famille d'escargot. On l'a assassiné Max, j'en suis certain.
- Ton supérieur se fait tirer dessus puis ton ami meurt dans un soit-disant accident de voiture … étrange coïncidence, tu ne trouves pas ?
- Et bientôt ce sera mon tour, répliqua le jeune homme en prenant sa tête entre ses mains.
La transgénique se leva de son siège pour s'asseoir à côté de lui, oubliant sa promesse faite à elle-même et l'enlaça, espérant le réconforter malgré le fait que son corps bouillonnait intérieurement.
- J'ai déjà failli y passer tout à l'heure. J'en ai marre Max. Marre d'avoir peur et de perdre tout ceux qui ont compté pour moi.
- Qu'est ce que je peux faire ?
- Reste avec moi, répondit-il en se plongeant dans un regard noir.
Max sentit qu'un instant à l'autre les évènements pouvaient basculer, ce qui l'incita à se lever.
- Il faut que tu partes Logan.
- Pourquoi ?
- C'est assez compliqué à expliquer.
- C'est à cause de Kimberley ?
- Ca n'a rien avoir avec elle.
- Alors dis-moi, rétorqua-t-il en se levant à son tour tandis que la jeune femme bougeait elle aussi, ne voulant pas être proche de lui.
Voyant qu'il insistait, Max marcha en direction de la porte d'entrée, mais Logan fut plus rapide et la rattrapa en lui tenant le bras. Le contact de ses doigts sur sa peau sembla à la jeune femme comme la forte brûlure d'une flamme qui la consumait de plus en plus de l'intérieur. Soudain, oubliant toutes ses promesses, toute pensées cohérentes, elle se retourna et captura les lèvres du jeune homme si intensément que celui-ci fut tout d'abord surpris, mais répondit une seconde plus tard à son baiser. Leurs mains défirent mutuellement leurs habits tandis qu'ils se dirigeaient vers la chambre de la X5, oubliant le monde extérieur.