Rencontre Maudite
Quelque part entre Seattle et Vancouver
Le jeune homme tourna le bouton et la voix d'un journaliste résonna dans la voiture.
« depuis bientôt neuf mois. Tout semble aller pour le mieux pour le mieux entre ces deux grandes nations, jadis unies pour combattre la menace nazie il y a environ soixante-dix-sept ans. Néanmoins nous devons nous rappeler que cette paix a coûté la vie à de nombreuses personnes : celle des civils tués lors de l'arrestation du chef d'une organisation clandestine dont les membres actifs refusaient l'aide financière du Président Poutine pour la reconstruction des Etats-Unis mais aussi la vie de deux hauts fonctionnaires qui appartenaient à la Unisysta Corporation, société américaine responsable des contrats politiques avec tout autre pays. Par chance, un aut »
Logan changea de station, ne voulant pas écouter la suite. Il savait qu'ils allaient parler de lui, du « miraculé » comme avait dit un présentateur sur le BBC. Un miracle Comment pouvait-il dire ça ? C'était tout sauf un miracle. Cette tentative de meurtre lui avait bousillé la vie : il n'avait plus de boulot puisqu'il avait préféré démissionner et ainsi vivre sur ses économies -, il avait perdu la femme de sa vie et ne pouvait plus marcher. C'était tout sauf un miracle.
Quelque part, il aurait voulu que les choses se soient passées autrement et qu'il soit tombé avec ce type pour ne plus à souffrir, pour ne plus à avoir de remord ni tout simplement à pleurer.
Il freina brusquement quand il vit une personne au milieu de la route, lui faisant bizarrement de grands signes avec ses bras. Elle était vraisemblablement dans un sale état tout comme la voiture qui gisait sur le toit. Il éteignit le moteur lorsque la personne fut au niveau de sa fenêtre.
- Vous voulez que j'appelle une ambulance ?
- Non, c'est pas la peine. Amenez-moi à la ville la plus proche.
- Vancouver est encore à une heure, vous pensez tenir le coup jusque là ?
- Oui, oui, merci.
Après que l'accidenté est monté à côté de lui, le jeune blond démarra en direction de la frontière canadienne.
***
St Orca Street Seattle
La jeune femme ouvrit la porte de l'armoire, poussant sur les côtés les costumes de Michael, attrapa les sacs de voyages qui traînaient en dessous pour les jeter derrière elle, prit une boîte en carton planquée au fond du meuble. Elle arracha violemment le Scotch qui entourait la boite, déplia les côtés et s'assit à terre, la boite sur les genoux. Elle en ressortit consciencieusement une statuette noire ayant la forme d'une divinité égyptienne, passa sa main dessus pour enlever la poussière et l'admira silencieusement « La déesse qui rassemble toutes les autres déesses. L'il de Râ. Protectrice, vengeresse, celle qui donne la vie et qui a la vie éternelle ». Elle la posa à côté, fouilla de nouveau, une petite bouteille apparut ce qui la fit sourire en se rappelant la raison pour laquelle elle la détenait, puis trouva enfin ce qu'elle cherchait. Un petit morceau de papier, qui commençait à jaunir avec le temps, sur lequel était inscrite une série de chiffres.
Elle se releva, passa de la chambre au salon, décrocha le téléphone, appuya successivement sur les touches correspondantes et attendit, anxieuse malgré elle.
« Le numéro que vous demandez n'est plus attribué Veuillez composer un autre numéro de téléphone. Le numéro que vous demandez n'est plus »
La voix mécanique se tut au raccrochage de Max. Sans un mot elle repartit d'où elle était venue, remit en place ce qu'elle avait sorti de la boite cartonnée qu'elle replaça à l'endroit initial ainsi que les sacs de voyages et les costumes.
Dépitée, elle s'assit sur le canapé qui trônait devant la télévision, les yeux dans le vide puis laissa les larmes couler le long de ses joues, longtemps refoulées, jusqu'à l'arrivée de son compagnon.
***
Vancouver Canada
L'homme descendit de la voiture, remerciant le conducteur d'un faible sourire et le regarda s'éloigner, le sourire s'élargissant. Malgré la discrétion et la méfiance du blond, il avait réussit à obtenir un bon nombre d'informations sur lui. Il leva les yeux vers le ciel, voyant arriver à l'horizon des nuages noirs, et partit en quête d'une cabine téléphonique. Dix minutes plus tard il en trouva une, composa le numéro qu'il avait du retenir par cur tandis qu'il essuyait son visage de l'encre rouge qui restait sur son visage.
« Aller, répondez bon sang ! » s'entendit-il dire avec impatience. « Je déteste ce pays ».
Il prit la parole lorsqu'il entendit la voix de son supérieur.
- Ca a fonctionné comme vous l'aviez prévu Dans une heure ou deux.
Il raccrocha, sortit de la cabine, regarda autour de lui et chercha un moyen de rentrer. Par chance il put trouver un garage à une centaine de mètres et demanda à louer une voiture.
***
Dans les environs de Vancouver Canada
Quelques minutes plus tard
Logan appuya sur le bouton de la sonnette, un homme d'une maigreur affolante lui ouvrit, le regard fatigué mais néanmoins chaleureux.
- Mr Cale ! Quel plaisir de vous revoir. Vous avez fait un bon voyage ?
- Oui et non, déclara-t-il en repensant à sa rencontre hasardeuse à la soirée avec la X5.
Le quadragénaire se retourna, entendant un bruit derrière lui et trouva l'animal canin, Kach, qui déambulait dans le couloir pour retrouver son maître. Logan sourit, caressa la tête de son chien qui lui léchait la main en même temps, remercia son voisin pour la garde de l'animal et repartit vers son modeste chalet à quelques centaines de mètres.
Arrivé à sa porte, il jeta un coup d'il à sa montre qui affichait 7.50 PM, ouvrit sa porte d'entrée, partit chercher son sac de voyage dans sa voiture garée devant tandis que le husky se précipitait vers la cuisine. Le jeune homme revint déposer ses valises pour préparer à manger, étant donné que son chien le harcelait à moitié pour avoir de la nourriture. Ceci fait, il partit chercher une bouteille de vin, Pré-Impulsion comme d'habitude, ainsi qu'un verre de vin puis arrêta son fauteuil devant la fenêtre arrière de sa maison et regarda le paysage sans fin, comme il le faisait depuis des mois ayant banni la télévision de son mode de vie pour ne plus à se souvenir des évènements passés.
***
Orca Street Seattle
Le lendemain
La jeune femme se retourna, plongée dans son rêve, ne se rendant pas compte qu'elle mettait de légères frappes à l'homme qui tentait de dormir à côté d'elle, ce qui agaçait ce dernier. Il essaya tant bien que mal de maintenir la main de sa compagne hors de son visage mais eu bizarrement du mal, cette dernière ayant beaucoup de force dans un seul bras. Fatigué par son rêve mouvementé, il se leva, enfila un pantalon et sortit de la chambre. Les aiguilles de l'horloge de la cuisine indiquait sept heures du matin, ce qui était encore tôt par rapport à l'heure à laquelle il se levait d'habitude. Il se dirigea vers les WC, y ressortit une minute plus tard tout en baillant puis ouvrit un placard pour en ressortit un sachet de caféine. Il remplit sa cafetière avec de l'eau du robinet, y plaça un filtre et versa quatre cuillères à café à l'intérieur. Ceci fait, il appuya sur le bouton de marche de l'appareil après l'avoir refermé.
Quelques maigres rayons de soleil traversaient les baies vitrées de la maison tandis que Michael partit chercher le journal du matin devant l'entrée, distribué une demi-heure avant.
« SEATTLE, VILLE MEURTRIERE » lut-il sur la première page.
« D'après le rapport de la police, depuis maintenant deux semaines, de nombreuses victimes succombent aux radiations causées par l'explosion d'une usine chimique dans le secteur appelé dorénavant Terminal City'.
Il semblerait que malgré l'évacuation, quelque peu tardive, des secteurs 4,5,6 et 9 les forces médicales ne réussissent pas à stopper l'augmentation du taux de mortalité chez la population. De nouvelles mesures à prendre par les forces de police ne paraissent pas d'actualité malgré une prolongation de la mise en quarantaine de tout le Nord du secteur sept, zone dans laquelle l'explosion s'est produite.
Le Maire de Seattle, Mr Steckler, a annoncé une prochaine réunion avec ses conseillers pour se pencher sur les questions relatives au relogement des sinistrés, aux dédommagements matériels et financiers et à l'avenir des secteurs évacués qui risquent une contamination des radiations. »
Alors qu'il commençait à passer à la deuxième pas, il entendit des bruits suspects venant de sa chambre. Il écouta plus attentivement, concluant que la X5 parlait dans son sommeil. Amusé, il posa son journal, disparut dans la pièce d'où émanait la voix féminine et s'approcha à pas de loup du lit, ne voulant pas la réveiller sur le moment. Il déposa ses lèvres sur le front de Max, descendit le long du nez, ce qui fit sourire cette dernière. Alors qu'il continuait son petit jeu Max murmura un presque inaudible « Logan », prouvant qu'elle était toujours en train de rêver et que son esprit prenait Michael pour son ancien amour.
N'ayant pas compris ce que marmonnait la jeune femme, Michael déposa cette fois si ses lèvres sur celles de Max qui se réveilla doucement, un sublime sourire sur les lèvres qui diminua légèrement à la vue de petit ami mais pas assez pour qu'il le voit.
- Bonjour ! fit-il en l'embrassant une nouvelle fois.
- Coucou, répondit-elle en faisant de même. Pourquoi est-ce que tu ris comme ça ?
- Tu parlais dans ton sommeil
- C'est vrai ? Et je disais quoi ?
- Dieu seul le sait. J'ai préparé du café si tu as soif, continua le jeune homme en sortant.
La transgénique s'assit, essayant de se souvenir de ce dont elle avait rêvé mais n'y arriva pas et se leva donc, enfilant les habits de la veille. Arrivant dans la cuisine, elle s'appuya contre le mur, réfléchissant à la meilleure manière de commencer.
- Michael ? s'enquit-elle faiblement.
- Mmm ?
- Je crois qu'il faut qu'on parle sérieusement.
- De quoi ?
- Tout ça est allé trop vite.
- Tout ça ? Quoi « tout ça » ?
Max soupira intérieurement, se demandant s'il le faisait exprès ou non.
- Notre relation.
- Qu'est qu'il y a ? s'enquit-il tout en sortant un deux tasses.
- Ca fait à peine eux mois qu'on est ensemble et tu agis avec moi comme si on allait se marier dans plusieurs jours.
Le jeune homme lui lança un regard bizarre, presque blessé ce qu'elle remarqua.
- Excuse-moi, je ne voulais pas te blesser, commença-t-elle. Le fait que tu m'aies présenté à tes amis l'autre soir m'a comment dire
- Fait peur ? C'est que je t'aime Max et que je veux que le monde entier le sache.
- Comment peux-tu savoir que tu m'aimes en si peu de temps ?
- Ca ne t'ai jamais arrivé de ressentir quelque chose de grandiose pour quelqu'un au premier regard ? De savoir que c'est avec cette personne que tu espères vieillir ?
Le visage de Max perdit de plus en plus ses couleurs. Michael ressentait exactement ce qu'elle éprouvait pour Logan, la même chose et c'était bien là le problème. Comment pouvait-elle lui dire qu'elle en aimait un autre, qu'elle comptait passer sa vie aux côtés de cet autre homme et non aux siens ? Elle ne voulait pas lui faire du mal, elle était trop humaine pour ça.
- Hum, j'ai promis à Original Cindy de passer la voir
- Mais il est sept heures du matin Max.
- Et alors ? Il y a beaucoup d'heures de route en moto, j'arriverai plus tôt et on aura plus de temps pour discuter entre filles.
La jeune femme se dirigea vers son blouson accroché à l'entrée tandis que Michael la suivait. Alors qu'elle allait ouvrir la porte, il lui prit le bras et l'obligea à le regarder en face.
- Pourquoi tu dévies la conversation ?
- Je ne la dévie pas.
- C'est ça bien sûr Tu es d'une incroyable mauvaise foi quand tu t'y mets tu sais.
- Lâche-moi Michael, fit-elle en le fixant. Je ne veux pas te faire de mal.
- Me faire du mal ? Et comment tu pourrais, hein ? s'enquit-il le regard dur. Tu vas m'attraper l'autre bras pour me renverser à terre ? C'est ça ? Même si j'admets que tu as une bonne capacité physique, je pèse beaucoup plus lourd que toi.
- S'il te plait. Ne m'oblige pas à faire quelque chose dont je n'ai pas envie, lui répondit-elle presque en le suppliant.
- J'attends de voir mon cur.
Max soupira, regrettant déjà ce qu'elle allait faire mais elle n'avait pas le choix. Il était aussi têtu qu'elle et sûr d'être plus fort qu'elle.
- Et merde ! C'est toi qui l'aura voulu.
La X5 regarda une dernière fois l'homme qui lui faisait face puis lui attrapa le bras comme il l'avait prédit, usa de sa force surnaturelle pour le renverser à terre et lui bloquer le bras derrière le dos, il ne pouvait plus bouger à moins de se tordre lui-même le bras.
- Tu es content maintenant ?
L'homme brun grimaça un moment, sentant une douleur apparaître.
- Ok, ok c'est bon.
Max le lâcha, prit ses clefs de moto et ouvrit la porte, sentant les rayons du soleil lui chauffer le visage.
- Où tu as appris à te défendre de cette manière ? Tu ne m'as jamais dit que tu avais suivi des entraînements pour te défendre.
- C'est une longue histoire.
Max se souvint de la même conversation qu'elle avait eue avec Logan, neuf mois plus tôt.
***Flash-Back***
- Tu
comment as-tu fait ça ? demande-t-il ahuri.
Max baisse les yeux puis son regard revient sur Logan.
- J'ai été entraînée quand j'étais jeune.
- Entraînée ? Tu veux dire, comme à l'armée ?
- On peut appeler ça comme ça.
- Un soldat ne peut pas sauter à plus de deux mètres et mettre trois gars baraqués sans le moindre effort, répond-il.
- J'aurais voulu te le dire dans d'autres circonstances, déclare-t-elle en se passant une main sur le visage.
- Me dire quoi ?
- Et bien
commence Max avant de prendre sa respiration. J'ai
été conçue dans un laboratoire et entraînée à tuer pendant neuf ans. Une machine à tuer en quelque sorte.
***Fin du Flash-Back***
- Et je n'ai pas envie de la raconter encore une fois, finit-elle en sortant.
***
Dans les environ de Vancouver Canada
Logan attrapa ses lunettes, se frotta longuement les yeux puis les enfila sur son nez. Il chercha des yeux son chien qui attendait toujours le réveil de son maître pour sortir de la chambre mais ne le trouva pas. La voix mécanique de son réveil hurlait qu'il était sept heures et demi et qu'il faisait aux alentours des 12°C, étant au mois de juin.
Il s'assit sur son lit, tira son fauteuil vers lui et roula vers la cuisine pour se préparer du thé quand il remarqua une masse allongée près de la porte d'entrée. Il s'y approcha et découvrit Kach qui paraissait dormir paisiblement mais dont le ventre ne se soulevait plus. Le jeune homme ressentit une sueur froide, eut l'image de son fusil de chasse qu'il gardait dans son armoire, bien au chaud, quand une violente douleur se fit sentir en bas du crâne, lui faisant voir flou, comme si quelque chose lui avait déchiqueté la nuque. Il essaya tant bien que mal de retrouver une vision normale mais perdit conscience, tout en se demandant pourquoi on lui en voulait systématiquement, lorsqu'une nouvelle douleur apparut pratiquement deux secondes plus tard.