Rencontre Maudite
Dans les environ de Vancouver – CanadaLe jour commençait à tomber, rendant un peu plus sombre le chalet au fil des minutes. Seul la lueur de la bougie posée sur la table éclairait le visage de l'homme, perdu dans ses pensées, regardant droit devant lui. Il paraissait avoir vieilli de plusieurs années en quelques mois tant son cœur et son corps avaient subit de nombreuses souffrances. Une barbe de cinq-six jours se faisait voir le long de ses joues et de son menton, ses cheveux avaient très nettement poussé, le rendant un peu moins séduisant qu'auparavant et ses yeux rendait un regard triste et blessé. Leur couleur bleu-océan s'était assombri en même temps que son esprit, un esprit devenu solitaire.
Une succession de pas le fit tourner la tête et décrocher un maigre sourire puis il tendit la main pour caresser le sommet du crâne de l'animal, les yeux pratiquement d'un même bleu que son maître.
- Et bah alors, où tu étais passé ?
Le jeune homme reçut un couinement en guise de réponse puis fit rouler son fauteuil vers une autre pièce plus au fond, suivi du chien. Il ouvrit un placard, en ressortit un paquet d'aliments pour chien et remplit le bol situé à quelques mètres plus loin. Le chien se précipita dessus en bougeant la queue comme pour exprimer sa joie tandis que son maître alla se préparer à son tour son dîner.
Ceci fait, il emmena son assiette vers la pièce qu'il avait quittée, la déposa sur la table, attrapa le journal de la ville et l'ouvrit tout en dégustant son repas. Vu les titres rien de passionnant ne devait se dérouler en ville : il distingua l'arrestation d'un petit gang qui volaient les habitants en leur vendant des appareils ménagers qui ne marchaient pas, l'installation d'un nouveau magasin de vêtements et du décès du plus vieil habitant à l'âge de quatre-vingt-dix-huit ans.
Il regarda sa montre et fit une moue. Gary était en retard, ce qui ne lui arrivait pratiquement jamais. Le jeune homme jeta un coup d'œil à la fenêtre, se demandant si la neige pouvait un être un facteur de ce retard quand un tapement résonna contre la porte d'entrée. Il se dirigea donc vers celle-ci, l'ouvrit pour découvrir celui qu'il attendait.
- Gary ! Tu as dix minutes de retard … ça va nuire à ta réputation tu sais …
- Sauf si je te fais taire avant que tu ailles me dénoncer, rétorqua l'autre homme. C'est pas que ça m'ennuie mais je commence à me les geler Logan.
- Désolé, j'ai la tête un peu ailleurs en ce moment.
- Un problème ?
- Juste des douleurs qui reviennent mais rien de grave.
Gary referma porte, enleva son manteau et partit chercher une chaise pour s'asseoir à côté de Logan.
- Tu veux quelque chose à boire ? Je crois que j'ai un pack de bière dans le frigo.
- Nan merci, je sors d'une tournée.
- Voilà qui explique ton retard alors … Comment va ta petite famille ?
- Ca va. Tu sais, le train-train habituel : je suis au boulot, Katia à la maison et les enfants à l'école. Mais ça n'a pas vraiment l'air d'aller pour toi.
- Je te l'ai dit, des douleurs au dos me refont souffrir mais c'est la saison qui veut ça.
- Et ?
- Et quoi ? demanda le jeune homme.
- Je commence à te connaître par cœur mon vieux. Y'a quelque chose d'autre.
Logan se tut, repensant à ses derniers rêves. Il ne comprenait pas pourquoi ces évènements revenaient la nuit, comme pour le hanter. Il revivait la même scène : les mêmes paroles, le même endroit, les mêmes visages. Son visage. Celui qu'il ne pouvait pas oublier, pas après ce qu'ils avaient subi, pas après ce qu'ils avaient éprouvé. La même douleur et la même tristesse.
- Je revois tout.
- Tout ? C'est à dire ?
- Je me revois aller dans la salle de bain. Je me revois être en face de son flingue, être au bord du balcon, être suspendu dans le vide puis être quasiment mort. Je revois son visage, son expression. Je revois tout. Mais je ne sais pas pourquoi ça revient maintenant, après tout ce temps.
- Ce n'est pas à moi qu'il faut poser cette question. Gary Torn n'est pas un bon psychologue. D'ailleurs, j'ai entendu dire qu'ils allaient évacuer Seattle.
- Evacuer ? Pourquoi ?
- Une histoire d'air contaminé je crois. Les habitants ne peuvent plus supporter l'air qui empire de plus en plus depuis cette explosion et les autorités ont décidé de mettre la ville sous quarantaine. Ils évacuent ceux qui ne sont pas encore malades.
- Elle ne l'est pas.
- Qu'est ce que tu en sais ?
- Je le sais c'est tout, répondit-il plus froidement qu'il ne l'aurait voulu.
La transgénique ne pouvait pas être malade avec sa condition d'être génétiquement modifié. Ses anticorps étaient beaucoup trop nombreux et beaucoup trop puissant pour laisser passer la moindre infection dans son corps.
- Qu'est ce que tu vas faire ?
- Tu veux que je fasse quoi ? Que j'aille à sa rencontre et lui dire qu'elle peut venir ici si elle le souhaite ?
- Pourquoi pas ?
- Tu ne la connais pas. Ca fait trop longtemps qu'on ne s'est pas vu. Et puis elle ne m'a sûrement pas pardonné.
- Logan, ce que tu peux être pessimiste c'est dingue.
- Je n'arrive plus à être optimiste après mon accident Gary. J'ai failli perdre la vie et je me suis retrouvé dans un fauteuil roulant que je garderai jusqu'à ma belle mort.
- Tu vas longtemps larmoyer sur ton sort aussi ? Je comprends que c'est difficile à vivre mais la Terre continue de tourner et ton accident ne justifie pas le fait de larguer ta copine après.
Logan tourna le regard vers son chien, digérant tranquillement ce qu'il venait d'avaler, n'osant pas regarder son ami. C'est vrai, il avait laissé tomber Max après son accident, croyant que le monde allait le rejeter à cause de son handicap et était parti se réfugier dans un chalet perdu au milieu de la forêt, non loin de Vancouver qui était une ville à la frontière des Etats-Unis et très proche de Seattle. Mais depuis le regard qu'elle lui avait lancé lorsqu'il lui avait annoncé sa décision de la quitter, son existence n'était que remords et tristesse. Il s'en voulait de l'avoir laisser tomber et avait même adopté un chien dans l'espoir de combler le vide. Pas vraiment très flatteur pour la jeune femme …
- Et tu devrais sortir un peu. Tu as l'air d'un ours avec ton look.
- Oui Papa, répondit Logan en souriant malgré lui.
La jeune femme accéléra, dépassant les quelques voitures qui roulaient sur la nationale et s'engagea dans la sortie qui menait vers l'entrée du secteur neuf. Les lumières des sirènes des voitures de police, d'ambulance ou d'une autre branche de la médecine clignotaient sur le panneau de direction tandis qu'une foule accroissait sur toute la largueur de la route. La jeune femme passa cette-dernière du regard et trouva la personne qu'elle cherchait, une jeune noire qui engueulait un pauvre flic qui ne faisait que son boulot.
- Original Cindy ne permet à aucune personne de lui parler sur ce ton !
- S'il vous plait mad …
- Ecoute-moi espèce de mal poli ! Original Cindy restera ici même s'il faut la traîner par les cheveux !
- Sois raisonnable Cindy.
La concernée de retourna, découvrit sa meilleure amie et laissa le policier qui préféra s'éloigna de cette hystérique.
- Je croyais ne plus jamais te revoir, déclara la transgénique en la serrant contre elle.
- Et moi donc mon choux. Ils ont débarqué à Jam Pony comme des malades sans nous laisser le temps de faire quoique ce soit. Normal a même failli avoir une crise cardiaque en pensant à quitter son petit bizness.
- Au moins tu n'auras plus à supporter ses « bip, bip, bip » incessant. Le principal c'est que tu ailles autre part qui ne soit pas mortel pour votre organisme.
- Et toi ? Qu'est ce que tu vas faire ?
- J'en sais trop rien. Soit aller sur la côte est ou soit partir loin de cet enfer américain.
- Te dorer le postérieur avec ton parfait petit-ami ? s'enquit Cindy, un sourire moqueur sur les lèvres.
- Michael n'est pas parfait. Personne ne peut l'être. Et puis, ça ne fait que deux mois qu'on est ensemble, tout peut arriver.
- Original Cindy croyait que c'était le grand amour entre vous deux, non ?
La transgénique fit une petite moue, comme lorsque que quelque chose la dérangeait.
- Peut-être, peut-être pas. J'ai appris à me méfier, déclara-t-elle d'un air blessé. Je crois que ton car s'apprête à partir …
Les deux jeunes femmes se regardèrent quelques secondes, s'enlacèrent puis se sourirent en guise d'au revoir.
- Prend soin de toi Cindy.
- T'inquiète pas mon choux. Et enlève-le-moi de ton petit cœur, c'est compris ? Je déteste voir ma boo malheureuse.
Max acquiesça, tout en sachant qu'elle ne pourrait jamais faire une chose pareille puis se dirigea vers sa Ninja et démarra pour rouler vers le secteur dix.
La transgénique arrêta sa moto devant l'entrée lorsqu'une silhouette apparut près d'elle. C'était un homme grand, brun portant un pantalon et une veste impeccable, comme s'il passait sa vie à les repasser. Ses traits étaient fins, ceux d'un jeune homme d'une vingtaine d'années d'origine canadienne.
Max s'approcha de lui, l'embrassa puis retourna vers sa moto, laquelle est gara dans un petit coin.
- Alors ? Original Cindy prend bien la chose ?
- Pas vraiment non. Elle était en train d'engueuler un policier quand je suis arrivée. Le pauvre … tu aurais du voir sa tête, dit-elle en riant.
- C'est vrai qu'abandonner son boulot et sa maison à cause d'une malheureuse explosion n'est pas très réjouissant. La chance a voulu que je choisisse cette maison loin de cette usine …
- Ca ne te dirait pas de partir quelques jours ? demanda-t-elle brusquement.
- Partir ? Où ça ?
- Je sais pas … en Europe, loin de cette Amérique décadente.
Michael la regarda d'un air bizarre. Et elle connaissait ce regard.
- Tu as quelque chose de prévu, c'est ça ? Ah oui, j'oubliais … un de tes amis fête son vingt-cinquième anniversaire demain soir. Cette mise en quarante me fait vraiment perdre la tête.
- Accompagne-moi Max. Tu feras sa connaissance ainsi que celle d'autres amis, ce sont des types bien tu sais.
- Je n'en doute pas Michael. Mais pourquoi pas ? Ca me changera les idées …
- Je te promets qu'on partira tous les deux après, en Europe si c'est là où tu veux aller, finit-il en lui souriant tout en lui prenant la main droite pour la mener vers l'intérieur de la maison.
La transgénique soupira intérieurement. Elle aurait tant voulu partir loin de cette Amérique, loin de ses souvenirs et recommencer peut-être une autre vie pour oublier ce que son esprit et son cœur ne voulaient pas pour le moment ; mais elle ne voulait pas gâcher le plaisir de son compagnon. D'après ce qu'il lui avait dit précédemment, cet ami habitait au Québec, à Montréal, ville de l'autre côté de la côte américaine.
Logan inséra la clef dans la serrure puis la tourna, fermant ainsi la porte d'entrée de son chalet. Il siffla pour faire venir son chien puis fit rouler son fauteuil vers son ami qui l'attendait à quelques mètres.
- C'est parti pour une petite séance de shopping, lança Gary.
- Fais attention, tu parles comme ta femme mon vieux.
- J'adore Logan quand tu me fais des compliments, ça me touche beaucoup tu sais.
Les deux hommes se dirigèrent vers un 4X4 noir, Gary monta à l'intérieur tandis que Logan essayait tant bien que mal de faire la même chose. Ceci fait, Gary démarra l'engin et roula vers le centre ville de Vancouver.
Une heure plus tard, les deux amis ressortirent d'un magasin de vêtements pour homme avec plusieurs sacs en main.
- Tu ne m'as pas dit qui venait à cette soirée d'ailleurs, déclara Logan tout en farfouillant dans un des sacs.
- Des amis de longues dates qui amènent aux aussi quelques-uns uns de leurs amis.
- En clair, tu ne vas connaître que la moitié des gens. Super, rétorqua Logan avec ironie. Déjà que je ne connais pas tellement les tiens mais s'il y en a d'autres …
Gary s'arrêta net et fixa son compagnon.
- Pourquoi est-ce que tu réagis comme ça ? Je suis certain que tu étais beaucoup plus sociable quand tu avais ton poste à la UNISYSTA CORPORATION.
- Ce que je n'ai plus je te rappelle, répondit le jeune homme froidement. Et vu que je voyageais très souvent, je me devais d'avoir un fort charisme pour ne pas perdre mon job.
- Okay, laisse tomber. Il faut partir sinon on va louper notre avion, dit Gary en arrachant pratiquement le sac des mains de Logan pour les jeter à l'arrière de sa voiture avant de monter à l'intérieur.
***
Airbus 320 – Au dessus du Canada
Dans l'après-midi
La jeune femme ouvrit difficilement les yeux. Malgré son ADN de requin, le sommeil l'avait enveloppé quelques heures avant.
- Bien dormi ? s'enquit une voix à côté d'elle.
- Assez oui.
Elle lui mentait, elle n'avait pas fait de beaux rêves comme elle l'avait espéré. Pourquoi est-ce que ça lui revenait maintenant, elle n'en savait rien mais elle souffrait. Elle avait mal au fond d'elle depuis le jour où il avait basculé dans le vide. Elle n'avait pas réussi à la retenir, elle n'avait pas fait ton son possible pour lui éviter cette chute qui lui avait brisé la vie et elle s'en voulait atrocement. Sa douleur s'était accentuée quand il avait prononcé des mots qu'elle n'oublierait pas, quand il lui avait annoncé qu'il comptait partir pour tenter de tout oublier, y compris elle. C'est ce dont elle avait rêvé.
Michael regarda sa montre et se tourna vers la jeune femme, un sourire rayonnant sur le visage.
- On devrait arriver dans deux heures maintenant, ce voyage plus le temps entre Seattle et l'aéroport ont duré des lustres …
- Peut-être oui.
- Ca ne va pas ? demanda le jeune homme en voyant l'air absorbé de la transgénique. Max ?
- Quoi ?
- Tu n'as pas l'air dans ton assiette.
- Ne t'inquiète pas, ce n'est pas important, répondit-elle en se levant pour aller aux toilettes.
***
Airbus 320 – Au dessus du Canada
Quelques sièges plus bas, à l'arrière de l'appareil
- Ces sièges sont d'un inconfort incroyable., lança Gary en se tortillant sur son siège. Tu ne trouves pas ?
L'homme ne reçut qu'un faible son de la part de son voisin de siège qui était plongé dans un livre.
- Tu lis quoi ?
- Un thriller.
- Et qu'est ce que ça raconte ?
- La vie d'un type qui se prend pour le défenseur de la veuve et de l'orphelin en étant un pirate de la télévision. Il dénonce tous les abus de la société, les complots ou des crimes passés sous silence et manque de se faire tuer à chaque coin de rue par ceux qui découvrent sa véritable identité.
Gary se pencha pour tenter de voir le titre du roman et parvint à le lire.
- « Le Veilleur ». Je ne vois pas où est le rapport entre le titre et ce pirate.
- C'est le nom qu'il prend lorsqu'il pirate les écrans de télé. Il veille en quelque sorte sur les habitants.
- Comme c'est mignon, rétorqua l'autre homme ironiquement. Je te laisse avec ton défenseur de la liberté, je vais au petit coin.
Il se leva de son siège et se dirigea vers l'avant de l'appareil pour trouver des toilettes. Manque de chance, quatre personnes attendaient leur tour : un gamin de douze ans, une vieille femme qui parlait malgré elle toute seule, une jeune femme brune et un quadragénaire.
***
Aéroport de Montréal – Québec
Trois heures plus tard
Max attrapa son sac de voyage sur le tapis ainsi que celui de Michael, croisa l'homme qu'elle avait rencontré devant les toilettes de l'avion et rejoignit son compagnon. Celui-ci était au téléphone, appelant une compagnie de taxi pour les mener vers l'hôtel qu'ils avaient réservé depuis Seattle.
Logan fit rouler son fauteuil vers la sortie de l'aéroport où un taxi les attendait, lui et Gary, pour les emmener vers le centre de Montréal, deux chambres les attendant sagement. Il attendit quelques minutes que Gary reviennent avec les bagages puis les deux hommes montèrent dans l'automobile alors que la transgénique et son ami étaient à quelques mètres d'eux ; aucun des deux anciens amants ne s'étaient aperçus tant il y avait une multitude de personnes autour d'eux.