From Darkness
Secteur 5 – Seattle
Deux jours plus tard
20h31
Logan poussa la porte d'entrée de l'immeuble et jeta un coup d'œil aux boites aux lettres mais ne trouva pas le nom qu'il cherchait, ce qu'il trouva bizarre.
Il passa sa main dans sa poche arrière de son pantalon, en ressortit une feuille qu'il déplia et lut les inscriptions. Dernier étage. Génial.
Le jeune inspecteur posa son pied sur la première marche et regarda en l'air, son regard se posant sur le plafond qui s'effritait comme un vulgaire bout de craie.
« Les immeubles ne sont plus ce qu'ils étaient avant l'Impulsion », se dit-il en poussant un soupir.
Quelques – longues - minutes plus tard, il arriva devant une porte en bois, gonflé d'humidité. Il attrapa la poignée et la tourna mais la porte ne s'ouvrit pas. Il se traita d'idiot de croire que les gens laissaient leur appartement ouvert, histoire de faire plaisir aux cambrioleurs, puis sortit tout un arsenal d'instrument de crochetage. Un sentiment de gêne le prit petit à petit alors qu'il essayait d'ouvrir et il s'arrêta. Lui qui représentait la sécurité, qui luttait contre ce genre de choses – le cambriolage – allait entrer par effraction dans un appartement.
- Logan, rappelle-toi de ton objectif. Tu entres, tu cherches et tu ressors discrètement ni vu ni connu.
Il fit jouer la serrure entre ses instruments puis un sourire se dessina sur ses lèvres lorsqu'il entendit la porte s'ouvrir. Jetant un coup d'œil à droite et à gauche, il poussa la porte et pénétra à l'intérieur.
Logan alluma sa lampe torche, balaya les murs avec et observa ce qu'il voyait. L'appartement n'était pas très grand mais assez pour une personne. Il put le diviser en deux parties : un coin salon-chambre et un coin cuisine. La décoration était modeste, quelques meubles par-ci par-là mais pas d'objets personnels. Pas une seule photo de sa famille ou de ses amis. Le faisceau lumineux s'arrêta sur un petit sac à dos noir. L'inspecteur s'en approcha, ouvrit la fermeture éclair, fouilla mais ne trouva rien qui l'intéressait parmi tout un lot de manuels sur la génétique.
Il se releva, s'apprêta à se rendre dans une autre pièce plus petite quand il entendit des bruits de pas s'approchant de la porte d'entrée.
- Merde, déclara-t-il, paniqué, en cherchant un endroit où se dissimuler.
S'il continuait comme ça il allait vite prendre goût au jeu de cache-cache. Le plus silencieusement possible, il courut vers la cuisine et referma la porte derrière lui non sans laisser une étroite ouverture. Le front baignant presque de sueur – sans doute le stress – il respirait le moins qu'il pouvait, ne voulant pas attirer l'attention sur lui. Il discerna des pas rapides et précis se diriger quelque part dans l'appartement et n'entendit plus rien. Il lui semblait que le propriétaire était parti et qu'il avait le champs libre pour prendre la poudre d'escampette. Il jeta un coup d'œil prudent par la fine ouverture et reçu violemment la porte en pleine face. Une douleur fulgurante l'assaillit au milieu du visage alors qu'il poussa un hurlement, plaquant ses mains devenues rouges sur son nez.
Logan recula péniblement et s'écria :
- Vous m'avez cassé le nez !
- Vous n'avez rien à faire ici.
- Mais vous m'avez quand même cassé le nez ! répéta-t-il presque incrédule.
La jeune femme brune resta interdite. Bon d'accord elle y avait été un peu fort mais il l'avait mérité. Si ça avait été quelqu'un d'autre elle lui aurait fait regretter son intrusion de façon plus radicale, même beaucoup plus radicale, il pouvait être heureux.
Elle se décida à aller chercher de quoi le soigner pour qu'il puisse arrêter de gémir comme un gamin et revint avec un paquets de coton et un bouteille d'alcool.
- Asseyez-vous, lui ordonna-t-elle.
Le jeune inspecteur s'assit sur un mini-canapé, tentant vainement d'arrêter de saigner, et attendit que la jeune femme fasse un geste. Celle-ci s'assit juste à côté de lui, versa la bouteille d'alcool sur une touffe de coton et s'apprêta à nettoyer le nez de Logan quand il l'arrêta.
- Vous allez faire quoi ?
- Nettoyez tout ce sang et ensuite je vous emmène à l'hôpital. Je n'ai pas encore eu l'idée de compléter mon cursus avec un diplôme de médecin, déclara-t-elle avec ironie.
Logan s'adossa au canapé et regarda Max nettoyer son visage. Plongée dans ce qu'elle faisait, elle ne faisait pas attention au regard posé sur elle. A quelques centimètres d'elle, Logan avait tout le loisir de contempler la beauté de son visage, ses traits fins, ses lèvres charnues.
Elle ressemblait à un ange avec ses longs cheveux bruns, un ange vêtu de noir. Son ange noir.
Brusquement, un cri lui échappa, faisant éloigner la jeune femme de lui.
- Excusez-moi, j'ai dérapé, mentit-elle avec un petit sourire dissimulé.
Elle avait remarqué son regard et une certaine chaleur avait naquit en elle.
Après tout, elle était en partie un être humain et ressentait les même choses qu'eux, en l'occurrence un désir pour le sexe opposé.
Ce regard si bleu la captivait depuis qu'elle l'avait rencontré dans le bureau de son supérieur même si au début elle l'avait pris pour un flic égocentrique et macho et elle n'arrivait pas à s'en détacher. Zach aurait sûrement trouvé que c'était un sentiment de faiblesse. Et bien soit, elle était faible mais elle commençait à ressentir beaucoup de choses pour Logan et ça lui faisait peur. Elle avait peur qu'en connaissant sa nature il ne veuille pas rester avec elle, qu'il parte de sa vie et la laisse seule, comme elle l'avait presque toujours été depuis la mort de Lucy. Quelque chose s'était brisé en elle ce jour-là et peut-être qu'il était la personne pouvant recoller les morceaux ou du moins combler le vide qui était apparu.
D'accord, ça ne faisait qu'un peu plus d'une semaine qu'ils se connaissaient mais il ne fallait pas beaucoup de temps, certaines fois, pour tomber amoureux de quelqu'un car elle était presque sûre que c'était ce qu'elle était. Amoureuse.
- Je crois que c'est bon, finit-elle, revenant à la réalité.
- Emmenez-moi à l'hôpital, c'est hyper douloureux.
- C'est votre faute inspecteur Cale.
- Je sais et je m'en excuse, lui répondit-il d'un air sincère. Je n'aurai pas …
- Plus tard.
Max se leva, jeta les contons usagers dans une poubelle, posa les autres sur sa table de cuisine ainsi que la bouteille d'alcool puis poussa Logan vers la sortie tout en lui demandant ses clefs.
***
Hôpital d'Harbor Light
22h16
Max s'adossa au mur, croisant les bras et attendant que son ex-coéquipier sorte de la salle d'opération et laissa son esprit vagabonder.
L'hôpital ressemblait à une fourmilière attaquée tant il y avait du mouvement et du bruit autour d'elle : les malades braillaient qu'ils avaient mal, les gamins couraient partout dans l'espoir de trouver leurs parents ou bien les hauts-parleur hurlaient de demandes de médecins. Et tout ceci commençait à lui donner mal à la tête. Elle n'avait jamais aimé l'ambiance des hôpitaux, les couloirs ressemblaient un peu trop à ceux de Manticore avec leurs dortoirs et leurs salles d'opération.
Logan apparut enfin dix minutes plus tard, la main touchant du bout des doigts le bandage au milieu de son visage, et arriva à la hauteur de la jeune femme.
- Je vais devoir garder ce truc pendant un ou deux jours ! J'ai l'air d'un clown avec ce bandage.
- On peut peut-être y aller ? s'enquit Max, mal à l'aise.
Il hocha la tête, le couple traversa le hall d'entrée, sortit de l'immense bâtiment et pénétra dans le noir de la nuit de décembre. Ils repartirent vers le secteur cinq et y arrivèrent trente minutes plus tard.
Sous l'éclairage des lampadaires ils marchèrent durant un long moment, ni l'un ni l'autre ne prononçant un seul mot, seul le silence accompagnait le bruit de leur pas sur le bitume des trottoirs.
Ils ne voulaient pas encore rentrer chez eux, ils ne voulaient se replonger dans cette sinistre affaire de meurtre mais simplement apprécier le répit que le destin leur avait accordé.
- Ecoutez, je suis désolé si je vous ai rendue nerveuse ou gênée ou surprise … lança Logan après un long silence.
- Oui, c'est ça. Les trois en même temps.
- Et bien je suis désolé. Ce n'était pas mon intention. Je voulais seulement comprendre.
- Comprendre quoi ?
- Le rôle que vous avez dans ces meurtres.
Max s'arrêta et regarda Logan d'un œil noir.
- En gros vous m'accusez de complicité !
- Pas du tout non. Je suis simplement sûr que vous savez quelque chose d'important.
Max continua à marcher, se replongeant dans son silence comme à son habitude.
- Et ne me dites pas que vous ne connaissez pas les victimes parce que je suis sûr du contraire.
Silence. Logan, malgré sa bonne volonté, commençait à perdre patience.
- D'autres vont mourir Max ! Vous êtes la seule à pouvoir m'aider !
Le couple arriva bientôt dans une impasse et décida mutuellement de retourner à contre cœur à la voiture de l'inspecteur.
La jeune transgénique n'arrivait pas à se décider. Bien sûr qu'elle n'allait pas laisser tomber l'affaire, elle allait s'en charger mais elle ne voulait pas de Logan, ça ne le concernait pas. Ca ne la concernait qu'elle et les autres de Manticore. Mais comment lui expliquer ?
- Je ne peux Logan, croyez-moi.
- Vous … commença-t-il alors qu'une sonnerie retentissait.
Frustré, il poussa un soupir, chercha son portable et décrocha.
- Cale, déclara-t-il, continuant à regarder la jeune femme. A cette heure-ci ? Très bien, j'arrive.
Logan referma son portable, passa ses mains dans ses cheveux tandis que Max restait toujours silencieuse.
- Il faut que j'y aille. Barthur a organisé une réunion sur l'affaire. Vous voulez venir ?
- Non.
- Je vois, rétorqua-t-il en haussant les sourcils. Continuez votre enquête solo, moi je fais mon boulot mais s'il y a un autre meurtre dans les prochains jours, je serai obligé de vous emmenez au poste que vous le vouliez ou non.
L'atmosphère amicale précédente avait disparue, la tension entre les deux jeunes gens se faisant de plus en plus présente.
- C'est une menace ? s'enquit-elle le fusillant du regard.
- Prenez ça comme vous voulez.
Ils se regardèrent durant un court moment, se défiant presque du regard puis Logan laissa Max, à quelques rues de son appartement, qui le maudissait de son attitude envers elle et se maudissait elle-même de s'être attachée à lui et de ne pouvoir lui révéler tout ce qu'il désirait.
***
Commissariat de police – Seattle
22h30
Logan réchauffa ses mains en entourant le gobelet fumant de ses doigts froids, souffla sur le liquide noir comme si ça pouvait l'aider à le refroidir un peu et le porta à ses lèvres tout en réfléchissant à ce qu'il allait dire. Il grimaça en sentant déjà la sensation du brûlure sur son palet puis sursauta en entendant son supérieur, penché au-dessus de son épaule.
- Cale, il ne manque plus que vous.
L'inspecteur suivit le commissaire et pénétra dans une grand salle de réunion dans laquelle trônait une immense table, une douzaine de chaises et un grand tableau où on avait accroché différentes photos et écrit un bon nombre d'inscriptions.
Logan s'assit près d'un autre homme qui le salua lorsqu'il entra et fixa son attention sur les photos accrochées au tableau.
- Messieurs, désolé pour cette heure tardive mais le temps joue contre nous, déclara Barthur d'une voix forte. Nous sommes ici pour récapituler tout ce que nous avons trouvé depuis le premier meurtre ici même à Seattle jusqu'à maintenant. Votre découverte inspecteur Cale a été cruciale et nous a fait beaucoup avancé dans l'enquête. Je vous laisse la parole.
L'intéressé but une gorgée de café, se leva et se posta devant le tableau, face aux autres.
- Comme vous le savez, le tueur n'a laissé aucune trace d'ADN qui puisse nous conduire à lui, ce qui laisse à penser que ce n'est pas un amateur et qu'il sait très bien ce qu'il fait. Par ailleurs, il possède une très grande force physique puisqu'il n'a eu aucun mal à briser la nuque de ses victimes sans que celles-ci arrivent à l'en empêcher malgré leur bonne condition physique.
Il se tourna et montra des agrandissement des tatouages faits sur la nuque des cadavres.
- Nous avons découvert que les victimes portaient des tatouages – des codes-barres – à la base de la nuque et que c'est probablement le mobile du tueur. Après s'être assuré que ses victimes ne lui causent plus de problèmes, il tente d'effacer ce singulier tatouage en l'aspergeant d'acide.
- Comme s'il voulait leur enlever une partie d'eux, de leur identité, affirma plus qu'elle ne demanda une des deux personnes assises.
- C'est possible oui. Passons aux victimes, continua Logan en montrant leur photo. La première s'appelait Krit Gart, un garçon gentil, discret mais à problèmes lorsqu'il était plus jeune et la deuxième Syl Jorson, même âge et fiancée à une autre victime du tueur mais nous pensons que cet homme a été tué parce qu'il était au mauvais endroit avec la mauvaise personne. Mais ce que nous avons découvert ensuite, c'est qu'il y a eu d'autres personnes tuées de la même façon, portant elles aussi des traces de brûlure … et le plus important est que toutes ces victimes étaient orphelines depuis l'âge de neuf ans.
Logan s'arrêta de parler, attendant une certaine réaction qui vint presque instantanément.
- Toutes ?
- Toutes sans exception. J'ai donc cherché toutes les personnes ayant été déclarée orphelines dans des foyers entre 2009 et 2010 et nos victimes étaient bien sûr dans cette liste et toutes déclarée dans le Wyoming.
- Ce qui signifie ?
- Qu'elles sont sûrement originaire de cet Etat et, j'en presque convaincu, qu'elles se connaissaient entre elles.
L'homme devant lui semblait plongé dans de longues réflexions, se lissant la barbe d'un air pensif tandis que son supérieur marchait vers lui.
- Merci inspecteur pour cette brillante récapitulation, lança son supérieur en lui indiquant son siège. Voici James Bugs, agent du FBI.
Logan écarquilla les yeux.
- Le FBI ? En quoi cette affaire nécessite-t-elle l'aide du FBI ?
- Inspecteur, je peux vous parler deux minutes ? s'enquit Barthur.
Les deux hommes sortirent de la pièce, partirent discuter dans le couloir tandis que Bugs examinait les différentes photos. Deux ou trois minutes plus tard, une voix masculine s'éleva.
- Vous ne pouvez pas m'éjecter de la sorte !
- Inspecteur …
- Je m'en fous que le FBI soit sur le coup, je continuerai quand même, vous m'entendez ?
- Vous allez à l'encontre de gros problèmes, rétorqua son supérieur.
- Vos problèmes vous pouvez vous les mettre là où je pense monsieur. Vous m'avez mis sur cette affaire et je la terminerai, quoiqu'il puisse se passer après.
Bugs entendit des pas s'éloigner et vis Barthur réapparaître dans la pièce, quelque peu agacé.
- J'aurais du me douter que ça finirait comme ça.
***
Appartement de Logan – Seattle
2h53
Logan se retourna dans son lit, ne trouvant pas le sommeil. Oh non, il était trop énervé pour pouvoir se nicher dans les bras de Morphée.
Cette affaire prenait une tournure un peu trop louche à son goût : son ex-coéquipière était mystérieuse à souhait – bien que ça ne lui déplaisait pas dans un certain sens – et ne voulait pas lui expliquer pourquoi elle se la jouait solitaire, le FBI s'intéressait aux meurtres ce qui indiquait que ce n'était une affaire normale et on l'éjectait de la scène comme s'il ne devait pas être au courant de certaines choses.
« Logan, tu deviens trop parano » pensa-t-il en soupirant.
Ne trouvant pas manifestement le sommeil, le jeune homme blond se leva et partit se chercher un verre d'eau. Tout en buvant, son regard se posa sur les dossiers des victimes, subtilisés après la « réunion » et décida de plancher dessus pour le reste de la nuit. Il fallait qu'il trouve pourquoi ces meurtres avaient une telle importance pour les fédéraux.
Trente minutes plus tard, à grand renfort de café, Logan était toujours plongé dans les dossiers quand il entendit des bruits à sa porte. Il n'y prêta guère attention mais lorsque les bruits se répétèrent, il attrapa son arme de service – un automatique - planqué sous son oreiller et se dirigea vers la porte d'entrée.
Qui pouvait bien vouloir lui parler à 3 heures du matin ? Et qui avait son adresse dans son carnet ? Pas beaucoup de monde, il était trop prudent pour donner à tout va son adresse. Barthur, Bling – un ami d'enfance -, son ex-femme et Max la connaissaient. Il ne voyait qu'une seule personne pouvant venir frapper à sa porte à cette heure étant donné les circonstances : Barthur venait soit l'arrêter à cause des dossiers subtilisés ou soit le conseiller d'oublier l'affaire.
Le jeune inspecteur approcha sa main de la poignée – son arme dans l'autre - , il la tourna et ouvrit la porte d'un mouvement brusque. Il reconnut la personne devant lui et - malgré sa surprise – lui adressa un sourire quelque peu maladroit.
- Je ne m'attendais pas à vous voir.
- J'ai besoin de votre aide.
- A cette heure-ci ? demanda-t-il en s'appuyant contre la porte. Je ne suis pas sûr de voir en quoi je serai utile.
La fine silhouette laissa apparaître derrière elle un corps appuyé contre le mur de l'appartement d'en face. Logan resta interdit devant cet homme qui semblait très mal en point mais qui le regardait d'un froid glacial mêlé à un sentiment de douleur et s'approcha finalement de lui pour l'aider à rentrer à l'intérieur de son appartement.
Les deux jeunes gens le soulevèrent jusqu'aux fauteuil miteux, l'assirent dessus tandis que Logan partit dans sa salle de bain.
- Je n'ai pas grand chose, juste un peu d'alcool à 90° pour nettoyer ses plaies.
Max lui lança un petit « merci » mais sincère.
- Qui est-ce ? s'enquit-il en s'approchant d'elle.
- Zack.
- Petit-copain ?
La transgénique lui lança un regard noir.
- Ne soyez pas stupide.
- Je posais simplement la question …
Le jeune inspecteur s'assit sur son lit et examina les informations qu'il avait trouvé sur les foyers des victimes. Ils étaient tous situés dans le Wyoming, au niveau du sous-Etat de Campbell avec pour capitale Gillette. Il faudrait qu'il aille jeter un coup d'œil là-bas, peut-être que quelqu'un se souvenait d'eux … c'était il y a une dizaine d'années mais peut-être que la chance allait enfin tourner, qui sait ?
- Vous ne voulez pas savoir ce qui s'est passé ?
Logan leva le nez de ses papiers.
- A quoi ça servirait puisque vous voulez que je reste en dehors de vos petites affaires ?
Max reçut une gifle imaginaire, sentant le puissant reproche. Elle ne répondit rien, comme à l'accoutumé, puis laissa Zack qui ne voyait pas d'un très bon œil de s'être réfugié chez ce type qu'il ne connaissait pas. Il pouvait être un espion de Lydecker …
- Je sais que je me suis montré très …
- Mystérieuse, la coupa le jeune homme en souriant malgré tout.
- … mais je n'ai pensé à personne d'autre que vous pour m'aider Logan.
- Pourquoi ?
- Vous êtes un ami.
- Ce n'est pas ce que je croyais, rétorqua-t-il en se levant pour se diriger vers une grande fenêtre, face aux hauts immeubles et à la maigre circulation.
Il se souvenait de la dernière personne à qui il avait fait confiance mais qui n'avait pas tenu sa parole. Elle lui avait promis que c'était fini, qu'elle ne recommencerait plus et qu'ils auraient une vie normale, comme avant mais ça n'avait été que des illusions. Elle repris l'habitude de boire quand il n'était pas présent et puis au fil du temps même en présence de lui. Elle lui avait fait mal, elle l'avait blessé puisqu'il l'avait cru, comme à chaque fois. Ce qu'il avait été idiot.
Il ne voulait pas que le scénario se répète avec Max. Il ne supporterait pas qu'elle se serve de lui pour retrouver l'assassin et qu'elle sorte de sa vie ensuite ou bien qu'elle ne veuille pas faire équipe tous les deux, qu'elle le laisse en dehors, les amis ne font pas ça.
Il aimait bien cette vue, elle le rassurait quand il n'allait pas bien. Il aimait regarder pendant un long moment tous ces gens vaquer à leur occupation sans qu'ils sachent qu'ils étaient épiés, toutes ces personnes qui menaient une vie tranquille et qui n'avaient pas forcément conscience sur le moment de toute la pourriture des bas-fonds de la ville. Les vols, les règlements de compte, les meurtres. Il y avait des jours où il avait envie de tout foutre en l'air et de partir loin, loin de tout ça, loin de cet enfer, de ce monde décadent depuis l'Impulsion.
Logan sentit une main se poser doucement sur son épaule mais il ne se retourna pas.
« Logan » entendit-il derrière lui. « Je suis désolée, je ne voulais pas ».
- Je crois que vous devriez partir vous et votre ami, je ne peux rien faire pour vous. J'ai été écarté de l'affaire.
- Comment ça écarté ? demanda Max, ne cachant pas sa surprise.
L'inspecteur se retourna et fit face à la jeune femme.
- Le FBI a repris l'enquête. Ils ne veulent pas que je découvre certaines choses sur le meurtrier ou sur les victimes.
- Max il faut partir maintenant, déclara une voix derrière elle. Le FBI ne doit pas remonter la piste.
Max ne bougea pas, le regard planté dans celui de Logan. Une éternité parut s'écouler avant qu'elle ne regarde ailleurs et qu'elle s'éloigne du jeune homme blond.
- Max !
- Je sais ! cria-t-elle à moitié, visiblement incertaine de ce qu'il fallait faire. Mais ce n'est pas en fuyant que ça résoudra le problème, il va encore tuer.
- Il faut prévenir les autres, avant qu'il ne soit trop tard.
- Et après ? J'ai déjà passé dix ans de ma vie à m'enfuir et je ne veux pas recommencer.
Les deux transgéniques se défièrent du regard, tout aussi têtu l'un que l'autre tandis que Logan tentait vainement de comprendre le sens de leur conversation.
- Il peut nous aider à le trouver et à l'arrêter.
- On ne le connaît pas, ça se trouve il est avec eux.
- Tu ne peux pas dire ça ! rétorqua Max en le mitraillant de son regard noir.
- Qu'est ce qui te prouve le contraire ?
- Lydecker serait déjà intervenu depuis un bon moment.
- Vous me le dites si je dérange … commenta subitement Logan. Parce que, je peux toujours aller faire un tour dehors.
Malgré la situation, Max sourit et commença à rire.
- Quoi, dans cette tenue ?
Logan se rappela à cet instant qu'il n'était pas vraiment habillé mais portait juste une chemise et un pantalon noirs en guise de pyjama. Il se mit à rire lui aussi, leurs nerfs ayant vraisemblablement lâchés.
Redevenant sérieux, il lui demanda :
- Qu'est ce qui s'est passé ?
- Le tueur a voulu recommencer.
- Notre tueur ? s'étonna-t-il.
- Mais je suis arrivée avant et je l'ai fait fuir.
Elle l'avait fait fuir ? Comment avait-elle pu ? La personne qui s'était interposé dans le dernier meurtre était actuellement à la morgue.
- Vous êtes donc du Wyoming, dit-il en s'adressant à Zack.
- Comment le savez-vous ? demanda Max à la place de ce dernier.
- Je suis flic Max, c'est mon boulot de chercher les moindres pistes et j'ai retrouvé celles des victimes.
- Comment ça ?
- Elles sont toutes originaires du Wyoming, j'ai découvert qu'elles ont toutes atterries dans des orphelinats.
Le visage de Max perdit petit à petit ses couleurs alors que Zack commençait à ne pas du tout aimer la tournure des évènements.
- Il en sait beaucoup trop Max.
- Et puis quoi ? Vous aller me tuer ?
- Ne me tentez pas, répondit Zack le plus sérieusement possible.
- J'aimerai voir ça.
Logan croisa ses bras sur son torse, une lueur de défi dans les yeux. Il n'aimait pas ce gars, il était trop froid et limite méprisant. Zack se leva du fauteuil en sachant bien que l'inspecteur n'avait aucune chance contre lui. Aucune.
Avant qu'il est pu faire un autre pas, Max s'interposa.
- C'est fini oui ? Tu reste assis, tu es trop affaibli pour te battre. Et vous, continua-t-elle en s'adressant à Logan. Vous recommencez une seule fois et je le laisse faire, je me suis bien comprendre ?
Pour toute réponse, l'intéressé partit s'asseoir sur son lit, au milieu de la paperasse tandis que Max s'approcha de l'autre X5 pour continuer à le soigner.
- Ca va, je peux me débrouiller tout seul, lui dit-il en partant vers la salle de bain.
La jeune femme roula des yeux et soupira. Tout aussi énervant l'un que l'autre.
Elle posa son regard sur le jeune homme blond. C'était vrai qu'elle n'avait pensé qu'à lui lorsqu'elle se demandait où trouver de l'aide. Il comptait beaucoup pour elle, peut-être trop. Elle n'avait jamais ressentit ça pour quelqu'un, jamais. Les types qu'elle avait fréquenté auparavant étaient différents de lui. Ce n'était pas juste parce qu'il était séduisant et plutôt bel homme qu'elle se sentait attirée, c'était aussi parce qu'il se dégageait un certain charme de lui, une certaine douceur était présente sous sa carapace de flic et cette douceur pouvait lui faire oublier sa vie à Manticore.
- Logan, il faut que je vous parle, fit-elle en s'asseyant à côté de lui.
- Mmmmm ?
- Dans les montagnes du Wyoming il y a assez longtemps, des militaires ont créé des laboratoires de génétique. Ils recombinaient l'ADN d'êtres humains pour en faire des guerriers … des soldats d'infanterie supérieurs à la norme.
- Vous voulez dire que le tueur est un de ces … guerriers ? demanda l'inspecteur, bouche bée.
- Pas seulement le tueur, les victimes aussi, répondit-elle en baissant les yeux.
Le cœur de Logan manqua un battement. Où est-ce qu'elle avait trouvé ça ? Dans un film de science-fiction ?
- Comme vous le savez, les victimes ont un code barre sur la nuque. C'est une sorte de marque de « fabrication ». En 2009, douze personnes se sont échappées de ses laboratoires. Des enfants, des « chimères ».
- C'est impossible Max. L'Homme ne peut pas se prendre pour Dieu.
- Il faut croire que si.
- Alors Zack … est une … un … bégaya-t-il après un moment. N'est pas humain ?
La transgénique parut blessée par l'expression du jeune homme, une expression horrifiée. Tout ce qu'elle avait voulu éviter. Zack avait peut-être raison, les X n'avaient pas leur place dans ce monde trop différent, trop intolérant.
Elle se leva, le regard triste et les larmes aux yeux. Elle aurait tant voulu qu'il comprenne.
Elle sentit un mouvement derrière elle puis sentit une main lui attraper le poignet droit, ce qui la fit se retourner.
- Max, où est votre rôle dans tout ça ? Pourquoi tout ce mystère ?
La jeune femme le fixa simplement, se plongeant dans ce bleu-océan qu'elle aimait tant puis Logan comprit brusquement. Il enleva sa main et recula légèrement.
- Vous êtes une des leurs, c'est ça ?