From Darkness

Chapitres : 1 2 3 4 5

Seattle

22h00

L'homme traversa la route tout en remontant le col de son manteau. La nuit était tombée depuis bientôt quatre heures et avait refroidie l'air de plusieurs degrés. Malgré sa très bonne endurance, ses mains lui faisaient mal faute de ne pas avoir pris de gants. Il passa devant un restaurant italien d'où sortaient une famille et accéléra son pas car l'heure tournait et les bus ne passaient pas indéfiniment.

Il s'engouffra dans une ruelle, la traversa non sans croiser quelques clochards réfugiés sous des couvertures miteuses qui ne les protégeaient pas tellement du froid glacial de l'hiver puis s'arrêta brusquement. Quelqu'un le suivait. Ne voyant pourtant personne derrière lui ou dissimulé dans les sombres recoins il continua sa marche jusqu'à apercevoir l'arrêt du bus en question. L'endroit était désert, à croire que tout le monde dormait profondément chez eux. Il s'approcha d'un panneau sur lequel étaient affichés les horaires et constata qu'il avait manqué le dernier bus de dix minutes. Il soupira bruyamment et sortit son cellulaire, il ne lui restait plus qu'un solution qui ne l'enchantait guère. Alors qu'il allait composer une série de chiffres, il sentit une fulgurante douleur sur sa nuque et se retrouva à terre partiellement sonné. Il tenta de se relever le plus vite qu'il pouvait mais son adversaire l'était beaucoup plus et ce dernier l'envoya valser trois mètres plus loin. L'homme agressé s'échoua lamentablement au milieu des fourrés. Il leva pour la première fois les yeux sur son attaquant, penché sur lui, et son sang se glaça d'effroi tandis que la dernière image qu'il eut fut celle d'un être sous un habit noir et dont le visage n'apparaissait pas sous les lumières des réverbères, tel la Faucheuse venant prendre la vie d'un mourant.

Au même endroit

1h23

L'inspecteur jeta son gobelet en plastique dans une poubelle, montra sa carte aux policiers et se dirigea vers un très grand homme roux en costard cravate qui s'agitait dans tous les sens.

- Dites-moi comment vous faites pour être aussi réveillé à cette heure-ci, lança l'inspecteur en baillant discrètement.

- Pas le temps de plaisanter inspecteur, nous avons un homicide sur les bras.

- Oui chef, rétorqua l'autre homme sans réel enthousiasme.

Il marcha vers un femme en blouse blanche, penchée sur le corps. A la vue de ce dernier, il grimaça d'un air de dégoût.

- Homme de race blanche, dans les vingt ans. Cheveux bruns et une musculature assez développée. Il devait beaucoup s'entraîner pour avoir une telle carrure. Sa mort remonte à trois heures maximum. L'agresseur l'a frappé plusieurs endroits : au niveau de la nuque, de l'abdomen et du visage, fit-elle en lui montrant les hématomes aux endroits indiqués.

- A main nu appartement, il n'y a pas de plaies causées par un objet tranchant, commenta l'inspecteur en s'agenouillant près du cadavre malgré le haut-le-cœur qu'il sentait remonter dans sa gorge. Le tueur devait avoir une force phénoménale pour lui briser autant d'os du visage.

- Peut-être un boxeur ?

Son interlocuteur haussa les épaules, se redressa et partit rejoindre son supérieur qui discutait avec un homme aux cheveux châtains, légèrement débraillé.

- Ce jeune homme a découvert le cadavre vers une heure moins le quart - une heure.

- J'revenais d'une soirée quand j'ai vu un truc bleu dans les petits arbustes là-bas. J'croyais que c'était un clodo au début mais quand j'ai aperçu tout le sang autour, sur l'arbre à côté et puis par terre, j'me suis dit que ce mec avait été tué alors j'ai appelé une ambulance.

- Vous avez touché le corps ?

- Nan, nan, répondit-il d'un coup, comme si on l'accusait d'avoir commis le crime.

- Et vous êtes ?

- Calvin Simon Theodore mais en général on m'appelle Sketchy.

- Donc vous sortiez d'une fête, continua l'inspecteur en gribouillant des notes sur un carnet. C'était à quel endroit ?

- Dans un bar à deux rues, le Crash.

- J'aurais besoin des coordonnées des personnes avec qui vous étiez et les vôtres par la même occasion.

- Hey ! Mais j'l'ai pas tué ce type !

- C'est juste une enquête de routine Mr Theodore, dit-il avant de s'éloigner des deux hommes.

L'homme roux s'excusa auprès de Sketchy et le rejoignit.

- Inspecteur, je veux que vous alliez interrogé les proches de la victime ainsi que les amis du témoin.

L'intéressé ne répondit pas et continua sa marche sous le regard furieux de son supérieur.

- Cale !

***

Commissariat de police – Seattle

10h00

- Mais vous ne pouvez pas me faire ça ! Je travaille toujours en solo et vous le savez parfaitement !

- Inspecteur, vous serez accompagné dans votre affaire un point c'est tout. Pas de discussion possible.

Les deux hommes montèrent les escaliers de l'entrée principale, pénétrèrent dans le bâtiment et tombèrent sur une personne qui semblait les attendre devant la porte d'un bureau.

- Mademoiselle Guevara voici l'inspecteur Cale. Je suis le commissaire Barthur.

- Très heureuse de vous rencontrer, déclara-t-elle aux deux hommes.

Logan croisa les bras sur sa poitrine, s'adossa à un mur et marmonna dans son coin comme un gamin boudeur tandis que Barthur expliquait brièvement à la jeune femme la situation.

L'homme blond entreprit de la détailler discrètement, attendant la fin du discours de son supérieur. L'étudiante en criminologie était brune, de longs cheveux, la peau un peu mate et un visage angélique et sublime. Elle portait des lunettes qui rendaient son apparence autant intellectuelle que sexy et cachaient de sombres yeux, couleur d'éternité et ne devait pas avoir plus d'une vingtaine d'année. Comme la victime. Logan ressentit un frisson le long de la colonne vertébrale et se plongea dans de nombreuses réflexions.

Plongé dans ses pensés, il ne remarqua pas que la discussion s'était terminée et que la jeune femme le fixait intensément.

« Cale ! » entendit-il brusquement, sursautant.

- Vous avez avalé quoi ce matin ? Un somnifère ?

- Non chef, du café comme d'habitude, rétorqua Logan simplement, l'esprit ailleur.

Son supérieur le fusilla du regard, se retenant de lui flanquer son poing dans la figure, histoire de la réveiller alors que Max souriait, amusée.

- Si dans une minute vous ne vous bouger pas, vous aller savoir ce qu'est la circulation à sept heures du matin inspecteur.

Logan marcha vers la sortie du bureau, ne prenant pas la peine de répondre, et sorti du commissariat, suivi de la trangénique.

***

Sur la route menant à la morgue – Seattle

10h15

« Bip, bip » et le bruit du moteur furent les seuls sons émis depuis quinze minutes. Pas un mot ne semblait vouloir sortir de la bouche du jeune homme, visiblement ailleurs, alors que Max se demandait si elle était la cause de ce mutisme puis finit par poser directement la question.

- Je vous pose un problème ?

- Pardon ? s'enquit-il, ne comprenant pas pourquoi elle lui demandait ça.

- Est-ce que je vous pose un problème ?

- Euh … non.

- Vous n'avez pas prononcé un mot depuis que nous sommes partis.

- Hum, désolé. Quand je suis sur une enquête, je réfléchis.

- Vous réfléchissez ?

Max le regarda, abasourdie. C'était bien le premier type qui réfléchissait autant.

- Je réfléchis.

Max reprit sa contemplation de la route devant eux, mi-étonnée mi-amusée par cette singularité.

- Je suis Logan, lança-t-il gentiment en lui souriant.

- Max, répondit-elle en lui souriant à son tour.

***

Morge de Seattle

10h30

Les deux jeunes gens pénétrèrent dans le bâtiment lugubre alors qu'une pluie battante faisait rage. Logan s'avança le premier vers un comptoir derrière lequel se terrait un employé, visiblement occupé à autre chose que de surveiller les caméras de sécurité.

- C'est un mauvais numéro vous savez, fit l'inspecteur en se penchant au dessus du comptoir.

L'employé sursauta et le regarda d'un air penaud.

- Pardon ?

- Votre magazine, les photos sont nulles. On ne voit pratiquement rien.

- Ah … ah bon ?

- Regardez comme elles sont floues, il n'y a aucun intérêt à les regarder vous ne croyez pas ?

- Je sais pas …

- Inspecteur Cale, le Docteur Fart m'attend.

Max s'avança aux côtés du jeune homme et se racla la gorge pour se faire remarquer.

- Elle m'accompagne, ajouta-t-il simplement ce qui lui valu un regard noir de la part de la transgénique.

Elle le maudit intérieurement et le suivit jusqu'à la salle d'autopsie où s'affairait une grande et fine femme blonde au dessus d'un corps. Elle portait une blouse blanche, un masque recouvrant sa bouche et son nez, des gants ainsi qu'une sorte de bonnet et tenait dans une de ses mains une petite scie électrique destinée à ouvrir la cage thoracique des « patients ». Une odeur d'os brûlé se fit sentir alors que Logan et Max entraient dans la pièce, habillés eux aussi de la panoplie complète du petit médecin légiste pour des raisons d'hygiène.

- Bonjour docteur, déclara le jeune homme blond à travers son masque d'une voix d'outre-tombe.

- Inspecteur Cale, rétorqua-t-elle en hochant la tête.

Le couple regarda le médecin trifouiller dans la cage thoracique du mort non sans un léger sentiment de dégoût puis décidèrent d'attendre qu'elle finisse son examen pour s'entretenir avec elle. Enlevant leur masque et leurs gants, ils sortirent de la pièce pour se retrouver dans un petit couloir d'un blanc immaculé. Tout était blanc : les murs, les portes, les fenêtres, ce qui contrastait avec la lugubre tâche de la médecin légiste voire pour certaines personnes une tâche plus que macabre. Macabre, c'était peut-être le mot puisqu'elle passait ses journées à côtoyer les morts, à les étudier, à les asticoter et tout ceci dans le plus grand silence.

Un frisson parcourut la colonne vertébrale de Logan qui n'émet guère cet endroit même si lui aussi d'une certaine manière il côtoyait la mort chaque jour sauf que c'était avec La Grande Faucheuse elle-même qu'il entretenait une relation – à chaque intervention musclée qu'il faisait il pouvait se prendre une balle perdue - et non avec des cadavres. Il se dirigea vers la machine à café qui émettait des petits bruits, un genre de couinement, chercha une pièce dans sa poche de jeans, l'inséra et appuya sur un des multiples boutons. Un bruit de ferraille se fit entendre puis apparut comme par enchantement un gobelet fumant près à être bu. Alors qu'il allait le prendre, il repensa à l'étudiante en criminologie, partie aux toilettes, et se demanda pourquoi elle s'était embarquée dans de telles études. Elle voulait devenir quoi ? Profiler ? Il fallait un sacré moral pour étudier toutes les atrocités que peut commettre l'homme sur son semblable et jusqu'à maintenant il ne la connaissait pas vraiment. Même pas du tout.

- Je peux peut-être vous aidez à l'attraper, déclara une voix près de lui.

Max.

Il se rendit compte à cet instant combien il semblait stupide : adossé à la machine il regardait bêtement le gobelet comme s'il tentait de le prendre rien qu'à la force de son esprit.

- A moins que vous essayer une nouvelle technique de télékinésie ? s'enquit-elle en souriant.

- Je …

- Réfléchissais ?

- Hum, oui, répondit-il.

Logan attrapa finalement son café, en proposa un à la transgénique qui refusa et ils s'assirent sur un banc, blanc lui aussi.

- Alors comme ça vous étudiez dans la criminologie … commença-t-il, histoire de lancer un sujet. Vous voulez rentrer dans la police ?

- Et bien … en quelques sortes oui.

- Profiler ?

- C'est à peu près ça.

Max perdit petit à petit le fil de la conversation, se replongeant dans ses souvenirs. Elle revoyait le jour où elle avait réussi à retrouver Ben, son frère, en Californie, l'ayant chercher des mois entiers en suivant la piste morbide qu'il avait laissé derrière lui. Sa folie l'avait mené à tuer des gens, des hommes innocents ; ou plutôt c'était sa foi envers La Dame Bleue – la vierge Marie – qui l'avait poussé à commettre des meurtres car il pensait qu'elle ne le protégeait plus et qu'il se devait de lui prouver sa foi.

Mais ce n'était pas pour cette raison qu'elle était étudiante en criminologie. Elle ne l'était pas réellement mais seulement aux yeux des gens car elle savait déjà pratiquement tout ce qu'elle apprenait, enseignement donné par son mentor pour être un soldat parfait. Elle n'était qu'X5-452, soldat créé dans le Wyoming dans une base militaire et éduqué à tuer sans remords, sans compassion. Une vraie machine à tuer. Jusqu'à cette nuit où ils s'étaient tous enfuis, ses frères et ses sœurs, pour pénétrer dans un monde encore plus étrange et plus dangereux que Manticore : le monde réel. Elle s'était juré d'oublier son passé, son mentor – Le Colonel Lydecker – et même Krit, Syl, Brin, Zack ainsi que les autres bien qu'ils soient tout ce qu'elle avait de plus cher au monde. Elle ne voulait garder que son surnom, Max, au cas ou ils tentaient de la retrouver. Lorsque son père d'adoption avait tué sa demie-soeur Lucy parce qu'il l'avait trop frappée, elle s'était enfuie lâchement mais avec un seul objectif dans la tête : trouver un moyen d'éviter ce genre de chose. Lucy avait été une vraie soeur pour elle, non pas que Syl ou Brin ne soient pas ses soeurs mais avec Lucy elle avait trouvé quelque à qui parler, quelqu'un avec qui oublier ses neuf années à Manticore en riant et s'amusant, quelqu'un à aimer. Et ce type le lui avait enlevé.

- Max ?

La jeune femme tourna la tête et découvrit Logan qui la regardait d'un air étonné.

- Ca vous arrive souvent de faire ça ?

- Quoi ? D'être complètement ailleurs pendant un moment au point d'énerver la personne qui est avec vous ? s'enquit-elle en le fixant.

L'inspecteur sentit que cette question lui était destiné et passa sa main dans ses cheveux coiffés en pétard comme lorsqu'il était nerveux ou gêné.

Trente minutes plus tard la médecin légiste daigna sortir de la salle d'autopsie pour les inviter à la suivre. Les deux jeunes gens ré-entrèrent donc à l'intérieur et se penchèrent au dessus du corps, recousu. Max étudia le visage, partiellement déformé pas les coups de l'agresseur. Même si c'était la première fois qu'elle le voyait, il lui semblait familier. Mais où et quand l'avait-elle pu rencontrer ? Aucun moyen de s'en rappeler.

- La mort n'est pas due aux simples coups reçus au visage, à l'abdomen et à la nuque mais plutôt à la fracture de cette dernière. Les coups ont du le plonger dans un état d'inconscience et l'agresseur en a profiter pour lui briser les cervicales.

- Classique mais efficace.

- Par ailleurs, la victime présente des traces de brûlures juste à la base de la nuque.

- Des brûlures ? Faites avec quoi ? demanda Logan en fronçant les sourcils.

- Une sorte d'acide. Assez rare.

- Est-ce qu'on pourrait y jeter un coup d'œil ?

La médecin hocha la tête, retourna légèrement le corps sur son flanc tandis que Max examinait les traces. Son corps se raidit à la seconde où elle comprit.

- Il … il faut que je sorte. Excusez-moi, dit-elle en se précipitant vers le couloir.

Logan échangea un regard avec la médecin puis fit de même, courant plus qu'il ne marchait. Il la rattrapa dans un bruit de suçon – le plastique qui recouvrait ses chaussures paraissait embrasser le sol – et lui prit le bras d'un geste brusque sans le vouloir.

- Hey ! Attendez !

- Lâchez-moi inspecteur Cale ! cria-t-elle en le fusillant du regard.

Toute la sympathie qui s'était installée entre eux semblait s'être envolée d'un coup. Il lui lâcha le bras et la laissa s'en aller, ne comprenant rien à sa réaction. Quelque chose lui avait fait peur mais il ne voyait pas quoi.

***

Commissariat de Seattle

15h28

Logan prit son courage à deux mains, ouvrit sa portière d'un geste rapide, la referma et courut le plus vite qu'il pouvait vers l'imposante bâtisse tout en se protégeant avec son blouson. La pluie n'avait pas arrêté de tomber depuis le matin. Il souffla en rentrant précipitamment sous le regard amusé de ses collèges.

« Cale ! » entendit-il à l'autre bout de la pièce.

- Qu'est ce que vous foutez depuis ce matin ?! Vous n'êtes pas encore allé interroger les proches de la victime.

- Je reviens de la morgue chef.

- Et alors ?

- Et alors j'ai appris plus de choses sur sa mort.

- Est-ce que je vous ai demandé d'aller là-bas ?

- Non chef.

Les deux hommes soutenaient le regard de l'autre quand le commissaire lui balança un dossier dans les mains.

- Il s'appelait Krit Gart et vivait dans le secteur six.

Brusquement, il lui demanda :

- Où est Guevara ?

La question à ne pas poser. Qu'est ce qu'il pouvait lui raconter ? Qu'elle était partie de la morgue en le laissant en plan ? Sûrement pas non, il allait encore se faire engueuler.

- C'est que … comment vous expliquer … tenta-t-il.

- Je suis là.

Les deux paires d'yeux se posèrent sur la transgénique, dégoulinante d'eau. A cet instant, le jeune homme blond lui trouva un certain charme et ne cessa de la fixer.

- J'ai dit à l'inspecteur que je n'appréciais pas vraiment ce genre d'endroit alors je l'ai attendu à la sortie mais nous nous sommes loupés visiblement.

Max le regarda intensément, le suppliant d'acquiescer.

- En effet oui.

- Maintenant que vous êtes tous vous les deux vous allez pouvoir rendre une petite visite à la famille de la victime. Et pas dans deux heures, c'est clair ?

- Très clair chef.

L' inspecteur daigna enfin regarder autre chose que les yeux de la jeune femme qui, par défi, en avait fait de même et sortit du bâtiment.

***

Même endroit – Seattle

18h56

L'homme bailla bruyamment, se frotta les yeux et changea de position sur sa chaise, le dos en compote. Il jeta un coup d'œil à sa voisine qui ne semblait pas être dans le même état que lui.

- Je vais cherche du café, vous en voulez ?

- Merci non. Je vais rentrer chez moi.

Logan haussa les épaules et soupira. Il allait rester tout seul dans ce commissariat sur un dossier qui ne l'enchantait guère.

- Vous voulez que je vous raccompagne ?

- C'est gentil mais il reste encore des bus à cette heure.

- Mais il pleut toujours.

- C'est pas quelque chose qui me dérange. On se voit demain, finit-elle en enfilant son blouson en cuir et son sac en bandoulière.

Génial. Elle le détestait. Quoique c'était compréhensible qu'elle préfère rentrer seule plutôt qu'avec lui vu qu'ils ne se connaissaient que depuis le jour même. Après avoir – encore – bu du café, liquide magique pour garder les yeux ouverts, il se rassit sur sa chaise et appuya sur le bouton « play » du magnéto.

« Madame Gurt, à quelle heure votre fils est-il sorti de chez vous hier ? » dit sa propre voix.

« Je ne sais plus vraiment … peut-être vers 19h00 »

« Pourriez-vous me dire où il avait l'intention d'aller ? »

« Chez son amie. Ils se voyaient tous les jours après son travail » répondit une voix de femme.

« Il travaillait comme mécanicien, c'est bien ça ? »

« Oui … il avait eu ce travail il y a trois ou quatre mois … il était tellement gentil maintenant, pourquoi est-ce qu'on me l'a pris ? »

« Maintenant vous dites ? »

« Krit avait eu quelques problèmes dans son enfance … c'était un enfant dur en apparence mais adorable à l'intérieur … beaucoup de gens le trouvaient anormal à cause de son manque de communication avec les autres enfants de son âge … il était très intelligent aussi » Des pleurs se firent entendre. « Mike et moi nous n'avons pas compris pourquoi il n'avait pas voulu faire de grandes études … il était tellement excellent en classe »

Logan arrêta la bande. Il fallait qu'il passe sur son lieu de travail, histoire de voir s'il avait toujours des problèmes sociaux, si c'était le cas il aurait pu avoir des problèmes avec quelqu'un et cette personne aurait pu lui en vouloir au point de le tuer. Sa petite-amie, il fallait aller la voir aussi, il aurait pu lui confier des choses qu'il ne pouvait pas dire à ses parents.

Tout en baillant une nouvelle fois, il s'étira longuement, pris son manteau ainsi que le dossier, salua le garde de nuit et sortit comme la jeune femme vingt minutes plus tard.

 

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