Everything's gonna be alright
Iles Aléoutiennes – Pacifique
Même instant – Sept jours après le crash
Max ne bougea pas de son siège alors que son regard se posait sur un groupe de personnes non loin d’eux et qui se rapprochaient de l’appareil. Les battements de son cœur résonnaient fortement dans sa tête, comme si l’organe se trouvait à la place de son cerveau.
Elle le reconnut tout de suite. De toute manière, elle aurait discerné les traits familiers du jeune homme n’importe où. Bizarrement, la transgénique se sentit paralysée, incapable de faire le moindre mouvement.
Le pilote, dessus à terre, se retourna vers elle et lui demanda gentiment :
- Vous ne venez pas madame ?
La jeune femme ne tourna pas les yeux vers lui, fixés sur une des personnes du petit groupe sur la plage.
- Vous ne vous sentez pas bien ?
Le pilote, répondant au nom de Tury, connaissait pourtant à qui il avait à faire. Il connaissait son histoire de soldat génétiquement modifié par cœur car il l’admirait. Il admirait sa force, sa détermination à vouloir une vie meilleure pour ses frères et soeurs – ce qu’elle avait vraisemblablement réussi.
Alors qu’il s’émerveillait du caractère de la transgénique, celle-ci parvint à combattre son mutisme et sa paralysie et sauta agilement de l’hélico. Malgré tout, ses membres tremblaient alors qu’elle se dirigeait d’un pas rapide vers les quatre rescapés. Elle ne fit pas attention au couple, ni à son ex-petit ami qui la reconnue instantanément et fonça droit vers Logan qui n’arrivait pas non plus à détacher son regard d’elle. Dans un élan de désespoir et de joie, les deux jeunes gens tombèrent l’un dans les bras de l’autre en laissant échapper des larmes de bonheur, faisant tomber l’image du soldat insensible que Lydecker avait mit tant de temps à créer à Manticore.
- Je le savais, murmura-t-elle à son oreille.
- Quoi ?
- Que tu étais vivant. Je l’ai senti même si tout le monde me prenait pour une folle.
Logan ne répondit rien car il n’avait rien à dire. Il savourait simplement le contact avec le corps de la jeune femme, dont il avait rêver chaque nuit et à chaque instant. Alors qu’il s’apprêtait à l’embrasser, un trooper – un militaire de l’armée américaine – vint à leur rencontre pour leur annoncer le départ imminent pour Seattle. Non sans cacher sa frustration, Logan suivit la transgénique vers l’hélicoptère qui s’envola dans les airs en soulevant une masse épaisse et suffocante de sable.
***
Aéroport – Seattle
Très tôt dans la matinée
Max contempla le visage de l’homme assis contre elle et qui dormait paisiblement depuis bientôt six heures. Un sourire se dessina inconsciemment sur ses lèvres alors qu’elle suivait des yeux la forme de sa mâchoire, l’arête de son nez et les lèvres fines de sa bouche. Combien de fois avait-elle espéré depuis ces sept jours infernaux de pouvoir à nouveau le toucher ou simplement l’observer ? Des milliers de fois.
Son regard descendit lentement le long du cou du jeune homme et ses yeux se posèrent instantanément sur la bague enfilé au majeur. Du bout des doigts elle toucha le petit anneau, qu’elle portait toujours elle aussi et une voix familière la fit sursauter.
- Max ?
L’interpellée tourna la tête et son moral redescendit en reconnaissant la personne.
- Darren ?
- C’est fou ce que tu as l’air heureuse de me voir … commença-t-il avant d’apercevoir la main de son ex sur celle de Logan. Je savais bien qu’il parlait de toi.
- Comment ça ? Qui parlait de moi ? demanda-t-elle en fronçant les sourcils.
- Logan. Il disait souvent ton prénom quand il dormait. Je lui ai fait la remarque la première fois mais comme il mal réagit, j’ai préféré m’abstenir les autres fois.
La transgénique reporta son attention sur l’ex-Veilleur et se perdit dans une multitude de réflexions.
- Tu sais, j’ai vu ce qui s’est passé à Terminal City à la télévision. Tes amis et toi. Et ce White. Je veux dire, je crois que j'ai compris pourquoi tu étais si mystérieuse quand nous étions ensemble. Tous ces secrets ...
- Ecoutes Darren, la coupa-t-elle. Je t’ai fait comprendre il y a des années que ce n’était pas possible entre nous. Sois gentil, laisse tomber.
Le jeune homme aux cheveux châtains se tut un moment, parut vexé puis lui montra sa main gauche.
- Je suis marié Max, je ne t’ai pas attendu pour ça figure-toi.
- Oh, fit-elle d’un air confus. Excuse-moi.
Darren ouvrit la bouche mais la referma aussitôt quand l’hélico commença sa descente sur la piste d’atterrissage.
Logan ouvrit les yeux brutalement, se redressa en un éclair et regarda autour de lui, un air de panique peint sur son visage.
- Hey, calme-toi, lui dit doucement la transgénique.
Pour toute réponse, son compagnon passa une main sur son visage, cachant les larmes qui lui venaient. Il avait cru un instant que tout n’était qu’un rêve, que la jeune femme n’était pas venue le chercher et qu'il était toujours sur l'île. Seul.
- Logan, tu te sens bien ?
- Je suis fatigué, rien de plus, répondit-il d’un sourire qui se voulait convaincant.
L’appareil se posa, les militaires descendirent les premiers et firent signe aux rescapés de descendre sous les flashs aveuglants d’une meute de journalistes. La nouvelle avait vite fait le tour de la ville : quatre personnes portées disparues et laissées pour mortes avaient été retrouvées au milieu du Pacifique.
Max attrapa la main de Logan pour le rassurer et les deux jeunes gens affrontèrent les premiers les requins avides d’informations qui se bousculaient pour avoir la première parole.
- Mr Cale, que ressentez-vous après cette semaine passée sur une île déserte ? lui demanda une femme en lui collant un micro sous le nez.
Le jeune homme fut tenter de le lui prendre et de le lui faire avaler mais rétorqua un « rien à déclarer pour l’instant » d’une voix monotone et fatiguée. La journaliste se rua sur les autres survivants mais n’obtint pas de plus amples informations alors que d’autres prenaient sa place auprès de l’ex-Veilleur.
- Mr Cale, est-ce vrai que vous êtes sorti d’un coma de plus de deux ans ?
- Allez-vous intenter un procès à la compagnie Alaska Airlines ?
Max voyait rouge. Ce qu’ils pouvaient être insupportables ces journalistes quand ils s’y mettaient … Retenant son envie de leur flanquer une bonne douzaine de coups de poings, elle entraîna Logan vers la sortie de l’aéroport, là où les attendaient une équipe médicale qui emmena les quatre miraculés vers Harbor Lights.
***
Hôpital d’Harbor Lights – Seattle
Quelques heures plus tard
La jeune femme regarda à travers la vitre les médecins s’affairer autour de leur patient, ne sachant pas si elle devait s’inquiéter ou être soulagée. Elle n’avait pas encore pu être seule avec Logan et elle mourait d’envie de lui dire combien il lui avait manqué ces jours-ci.
« Max ! »
Original Cindy s’assit à côté de sa meilleure amie, lui prit la main et lui lança un sourire, histoire de la réconforter.
- Tu n’as pas à avoir peur mon choux. Ton homme est vivant.
- Ca fait pourtant des heures que ces foutus médecins l’examinent et ça commence vraiment à m’énerver !
- Logan est quelqu’un de costaud, crois-moi.
Max acquiesça d’un hochement de tête. Bien sûr qu’elle le savait, il avait survécu à des choses aussi inimaginables les unes que les autres.
Un silence s’installa entre les deux jeunes femmes alors qu’elles attendaient patiemment – ou non – la sortie des médecins. Ces derniers quittèrent la chambre de Logan quelques minutes plus tard, lui expliquant qu’il n’avait rien de grave, une déshydratation, un manque de glucide …
Rien de grave.
Sans attendre qu’ils aient fini leur discours, la transgénique entra dans la pièce qui sentait le désinfectant et s’arrêta sur le seuil de la porte, comme si elle attendait son accord.
Il avait les yeux fermés et semblait excessivement fatigué.
- Tu attends peut-être que je me lève pour venir te chercher ? demanda Logan en ouvrant les yeux.
Confuse, la transgénique s’approcha du lit et s’assit sur la chaise à côté, n’osant pas le toucher de peur de lui faire mal, idée complètement idiote elle le savait.
« Comment tu te sens ? » s’entendait-elle dire à nouveau, se rappelant qu’elle lui avait posé exactement la même question après sa période comateuse.
- Ca peu aller, répondit-il vaguement.
- Tu veux quelque chose ? A manger ? A boire ? J’ai vu un distributeur dans le couloir …
- Non Max. Je ne veux rien, simplement que tu restes avec moi.
- Y’a pas intérêt à ce que je te laisse, je ne te quitte plus d’une semelle.
- Et Daniel ?
LA question à ne pas poser.
Max se retint de se lever et de s’enfuir à toutes jambes.
- C’est fini.
Logan laissa échapper malgré lui un hochet de surprise.
- Comment ça « c’est fini » ? Tu veux dire qu’il est parti ?
- Ecoute Logan, je n’ai aucune envie de parler de Daniel. Je suis avec toi, c’est tout ce qui compte.
Le jeune homme ne chercha pas à aller plus loin parce que la transgénique était très claire et qu’il n’en avait pas vraiment envie lui non plus.
D’un geste lent mais sur, Max posa sa main sur la joue de son compagnon et s’approcha plus près de lui. Logan l’arrêta d’un mouvement de la main.
- Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée, Max.
- Pourquoi ? s’enquit-elle, déçue. Je n’ai pensé qu’à toi depuis une semaine ! J’étais malade comme un chien en ne sachant pas où tu étais, ni dans quel était tu te trouvais ! Regarde-moi en face et dis-moi que tu n'en as pas envie.
Silence.
- Logan.
Nouveau silence mais le jeune homme leva les yeux et la regarda fixement. Max ne baissa pas la tête, soutenant le regard de celui dont elle était folle. Ainsi il n'en avait pas envie. Elle n'y croyait pas pourtant, étant donné qu'elle lui avait également menti sur sa relation avec Alec. Mais malgré tout, elle sentait mal et avait une furieuse envie d'aller cogner quelqu'un pour se soulager.
- C’est une mauvaise idée en effet. Je n’aurai pas du venir ici, ni te chercher sur cette foutue île ! cria-t-elle, presque hystérique.
Elle se leva d’un bond sans lui jeter un regard et sortie de la pièce. Sa vue se brouillait de larmes au fur et à mesure qu’elle se rapprochait de la sortie de l’hôpital alors que Logan restait silencieux, voulant hurler de toutes ses forces qu’il l’aimait mais il n’y arrivait pas. Pourquoi est-ce qu’il l’avait repoussée bon sang !
D’un geste rageur, il attrapa un oreiller posé à ses pieds et le balança à travers la chambre. Le coussin atterrit mollement sur le sol, soulevant un peu de poussière qui s’était déposée sur le sol blanc immaculé.
***
3045 Eagle Sreet – Secteur neuf – Seattle
Dans la soirée
La transgénique attrapa ses clefs d’une main, les inséra dans la serrure tout en essayant de ne pas faire tomber le sac et ouvrit la porte d’un coup de pied presque trop fort.
Elle se dirigea vers le salon, posa ses achats sur le canapé et courut vers les toilettes, ayant une envie pressante depuis trente minutes. Alors qu’elle s’asseyait, le téléphone se mit bien sûr à sonner et la jeune femme exprima un grognement sourd pour toute réponse. L’appareil émit une sonnerie quatre fois puis le répondeur se déclencha et une voix familière résonna dans toute la pièce, si bien qu’elle entendit le message directement.
« Max, c’est Logan. Ecoute … je suis désolé pour ce matin. Je … enfin, j’étais … hum, tu vois je n’arrive même pas à m’exprimer tellement c’est confus dans ma tête … »
« Les rendez-vous chez le psy ça se pratique de nos jours » maugréa Max, paroles qu’elle regrettait tout de suite.
« Ce n’est pas que je ne veux pas recommencer là où on en était avant mon coma, bien sûr que si, mais … y’a eu Daniel … et puis mon accident d’avion … je suis un peu perdu en fait. Laisse-moi le temps de tout remettre en place, je te demande quelques jours. »
La transgénique sortit de la minuscule pièce et alla décrocha le téléphone mais se ravisa et continua à écouter ce que disait Logan.
« Je … A plus tard. »
Max s’assit lourdement sur un des fauteuils en cuir de son salon, se demandant comment ils en étaient arrivés là tous les deux.
Cela faisait - combien de temps ? - plus de quatre ans qu’ils se connaissaient ? Leur relation apparaissait vraiment comme un parcours du combattant. Combien de fois s’étaient-ils disputés puis réconciliés ? Combien de fois avaient-ils voulu mettre un terme à leur histoire ? Beaucoup de fois, trop sûrement. A croire qu’ils n’étaient faits que pour s’aimer et se détester l’instant d’après …
La jeune femme sourit malgré elle.
Elle aimait cette relation particulière qu’elle avait avec lui. Il y avait toujours des hauts et des bas, rien de constant. Ils pouvaient être autant passionnés que maudits l’un par l’autre. Oh oui, elle était folle de ce type - sûrement depuis le premier jour - mais elle était par fois furieuse contre lui, contre les sentiments qu’elle éprouvait.
Et c’était son cas à cet instant. Elle se maudissait d’être amoureuse de lui, d’être aussi sentimentale quand il était à ses côtés et de vouloir lui pardonner pour ce qu’il avait fait dans la matinée.
« Ce que tu peux être pathétique et masochiste ma vieille » dit-elle à haute voix pour elle seule. « Aller Max, bouge-toi, tu vas prendre racine si tu continues à te morfondre dans ton coin »
Elle se leva du fauteuil, enfila son blouson en cuir et claqua la porte d‘entrée pour pénétrer dans son garage. Son bolide noir émergea de l’abri une minute après et la transgénique issue de Manticore disparue au loin.
***
Space Needle – Seattle
Trois jours plus tard
Logan scruta la ville qui s’apprêtait à s’endormir, les lumières des réverbères et des voitures éclairant la nuit qui lui semblait plus triste que jamais.
Il n’était pas monté sur la tour depuis très longtemps, depuis le soir où Max était morte. Trois ans maintenant. Il y avait trois ans qu’ils avaient voulu détruire Manticore et que la transgénique avait reçu une balle mortelle – du moins c’est ce qu’il avait cru.
Un an et demi pour lui en fait.
Il se rapprocha du bord, conscient qu’il pouvait à tout moment basculer dans le vide et ne plus avoir mal. Sa relation avec la transgénique était lamentable même s’il était toujours épris d’elle mais il n’avait pas pu la rappeler. Il n’avait pas eu le courage d’utiliser le téléphone d’une cabine téléphonique et de lui dire que ce n’était plus possible qu’ils continuent à se voir : trop de choses s’étaient produites depuis qu’ils se connaissaient, trop d’évènements douloureux. Mais il savait qu’il ne pouvait pas trouver une personne comme elle, aussi exceptionnelle.
Sa vie sentimentale était vraisemblablement vouée à l’échec : Max ne supporterait pas de vivre une vie tranquille, sans ennemis à combattre alors qu’il n’espérait que ça. Vivre doucement, pas de tueurs psychopathes ou mentors constamment à leurs trousses.
- Logan ?!
L’interpellé se retourna vivement à l’évocation de son prénom et sourit à son interlocuteur.
- Qu’est ce que tu fais ici ?
- Ca ne se voit pas ? Je fais de la couture, rétorqua-t-il en miment le geste.
Max fronça les sourcils. Il ne semblait pas dans son état normal.
- Tu as bu ?
- Wahou, quelle déduction rapide !
- Ce n’est pas le moment de plaisanter. Écarte toi du bord, Logan.
- Et si je n’en ai pas envie, hein ? Tu vas faire quoi ? Me sauter dessus et me coller une autre baffe peut-être ? Vas-y, dit-il en écartant les bras. J’attends.
Max avança mais stoppa sa marche et lui tendit la main.
- Je veux que tu attrapes ma main, s’il te plaît.
Logan ne souriait plus. C’est vrai qu’il avait un peu bu mais pas assez pour être soul, il ne faisait que jouer la comédie. Juste pour la faire souffrir mais Max lui paraissait sincère et il mourrait d’envie de répondre à son désir. Mais à quoi bon ?
- Logan, ne fais pas ça. Souviens-toi de ta promesse.
Le jeune homme fronça les sourcils, ne voyant pas du tout ce dont elle parlait. Quelle promesse ?
- Tu m’as promis que tu ne me lâcherais jamais. Le rêve, souviens-toi.
Une chanson de Sibelius, triste. Une danse et une promesse. Il se souvenait. Aucun des deux n’avait voulu parler de ce rêve commun, ils n’en avaient jamais refait allusion. Et il fallait qu’elle en reparle maintenant, à cet instant précis alors qu’il avait perdu toute envie de continuer ce qu’ils avaient commencé il y avait longtemps.
- Je … commença-t-il avant qu’elle ne le coupe.
- Tu n’as pas le droit de m’abandonner bon sang ! Qu’est-ce que je dois faire pour que tu comprennes ?! Dis-moi !
Logan resta silencieux. C’était peut-être le moment de lui faire part de ses désirs.
Il jeta un coup d’œil vers la ville endormie et une impression de malaise le submergea. Mais brusquement une bourrasque de vent le culbuta de plein fouet et le jeune homme sentit son corps partir en arrière, perdant l’équilibre. Tout en cherchant n’importe quoi pour s’y agripper, il ordonna à son buste de contracter ses abdominaux et de se redresser mais c’était comme si son corps refusait d’obéir. Comme s’il ne contrôlait plus rien. C’était ainsi si facile de mourir ?
Non, il ne voulait pas. Pas maintenant, pas ici, pas devant elle. Il désirait continuer à lui parler, à la toucher - même de loin – et à l’aimer tout simplement. Il voulait tenir sa promesse et ne jamais la laisser tomber. Mais c’était lui qui tombait et qui allait bientôt se retrouver comme un pantin, le corps disloqué par la violence du choc.
Logan tendit sa main vers la jeune femme en même temps qu’il basculait dans le vide et ferma les yeux. Il ne les rouvrit que lorsqu’il constata qu’il ne tombait plus, la transgénique l’ayant rattrapé à temps. Ses jambes se dérobèrent malgré lui et il se retrouva à genoux, les yeux brillants, remerciant le ciel de ce nouveau miracle. Max se mis dans la même position, ne le quittant pas des yeux puis ils se jetèrent littéralement les bras l’un dans l’autre, tellement contents qu’il ne se soit pas écrasé en bas. Logan enfui son visage dans les cheveux de la jeune femme puis déclara lentement mais gravement :
- Je veux repartir à zéro, que Manticore, White & Cie ne soit même plus dans notre vocabulaire. Je veux une vie tranquille avec toi Max, sans poursuites, sans transgéniques, sans souffrances.
***
Quelque part en France
Deux mois plus tard
L’homme ouvrit le carton, posa son regard sur les nombreux livres entassés les uns sur les autres et les sortit. Il marcha jusqu’à la bibliothèque, dont le bois sentait fort, et les plaça de gauche à droit, de son préféré au moins apprécié. Il se retourna et découvrit brusquement un visage juste devant lui, le faisant sursauter.
- Fais du bruit quand tu arrives, je vais avoir une crise cardiaque dans une semaine si tu continues à jouer au chat de cette façon.
- Le chat n’est pas le félin le plus silencieux.
- Ah oui ? Et je peux savoir lequel ? demanda-t-il en croisant les bras sur son torse.
- Je te laisse deviner, chuchota son interlocutrice à son oreille, un sourire au bout des lèvres, avant de l’embrasser légèrement. Tu as bientôt fini ?
- J’ai encore quelques livres à ranger, pourquoi ?
- J’ai envie de me balader un peu, voir nos nouveaux voisins. Ca te dit ?
- Tout ce que tu voudras.
La jeune femme aux cheveux bruns le laissa à son rangement, se dirigea vers l’entrée de la maison et distingua un petit groupe d’enfant devant la bâtisse. Ils étaient six, peut-être sept et s’amusaient à se tirer dessus avec des pistolets à eau.
Elle descendit les marches, traversa l’allée en faisant crisser des cailloux sous ses nu-pieds et s’appuya au portail noir, regardant les enfants jouer.
Cela faisait deux mois qu’ils avaient décidé de tourner une page de leur histoire, de leur douloureux passé pour commencer une nouvelle vie. Sans poursuites, sans transgéniques, sans souffrances.
Une vie tellement différente de celle qu’elle avait avant. Pas de misère, de vols, ni de corruption. La transgénique avait tout laissé derrière elle : sa meilleure amie qui lui manquait terriblement, ses frères et sœurs dispersés dans le monde, son Grand Frère et même sa bécane puissante qu’elle adorait. Que restait-il de la Max Guevarra de 2019 ? Presque rien si ce n’est le caractère et l’homme qu’elle aimait.
Max, perdue dans ses pensées, sentit des bras entourer sa taille alors qu’elle pensait justement à lui.
- Tu t’amuses bien ?
- Comme une folle. Ils sont tellement … innocents, regarde-les.
Le couple observa silencieusement le manège des gosses qui ne tardèrent pas à se sentir épiés et qui se demandait pourquoi ces étrangers les regardaient de cette manière. Ils n’avaient jamais vu de gamins dans leur pays ou quoi ?
- Il va falloir que tu m’apprennes un peu le français un de ces jours.
- Remercie Lydecker pour nous avoir fait apprendre quatre langues étrangères …
- Tu parles quoi déjà ? Français, Espagnol …
- Allemand et Russe.
Max entendit un rire derrière elle.
- Quoi ? Qu’est-ce qui te fait rire ?
- Le Russe ? Tu as appris le Russe ?
- Renfro – enfin je crois que c’était elle - avait de gros contrats avec des sociétés d’Europe de l’Est. Ils trouvaient ça pratique que l’on puisse parler la langue de leurs clients.
- Comment tu prononces en français le nom de la ville où on se trouve ?
- Mesnil le Roi, prononça Max dans un parfait accent français. Je vais t’écrire le son sur une feuille de papier.
La jeune femme délaissa les bras de Logan qui la suivit du regard tandis que les enfants du quartier revenaient à la charge en se balançant des litres d’eau les uns sur les autres.
Everything's gonna be alright.